dimanche 13 décembre 2015

COP21 : un accord historique mais...


Emotion hier soir à la dernière plénière de la COP21 : sous des applaudissements nourris, ce samedi 12 décembre, les 195 Etats ont adopté un accord mondial pour lutter contre le changement climatique. « je regarde la salle, je vois que la réaction est positive, je n'entends pas d'objection, l'accord est adopté » a lancé Laurent Fabius. Nul besoin de vote et d'avoir une majorité pour adopter le texte. Seul le consensus est requis. L'objectif de l'accord qui entrera en vigueur en 2020 est ambitieux : il s'agit de limiter l'augmentation de température globale « en deça de 2°C par rapport au niveau pré-industriel et de poursuivre les efforts pour limiter la hausse à 1,5°C ». De quoi satisfaire en partie les pays les plus vulnérables qui se sont battus pour que ce chiffre de 1,5°C soit inscrit dans l'accord. C'est un signal politique fort pour l'ensemble de la planète après l'échec à réaliser un tel consensus en 2009 à Copenhague.

Si la plupart des ONG se réjouissent qu'il y ait eu un accord, elles n'en alertent pas moins sur son insuffisance, le fait qu'il ne s'agit que d'une première étape et qu'il reste l'urgence d'agir avant 2020. D'ailleurs, conscient de cet en enjeu, François Hollande a annoncé sur ce point. « Dés demain, je ferai la proposition que les pays qui veulent aller plus vite puissent réactualiser avant 2020 tous les engagements. Cet accord n'est pas un aboutissement : c'est un début ».

S'il y a bien un objectif chiffré pour l'augmentation de température globale, en revanche, rien n'est dit sur des objectifs de réduction impératifs de gaz à effet de serre (GES). Le texte mentionne seulement un pic d'émissions de GES à atteindre « le plus tôt possible ». Par ailleurs, si l'accord est moralement, contraignant, comme le souligne Pierre Radanne, président de l'association 4D, il ne l'est pas juridiquement. Il ne propose en particulier aucun mécanisme de sanction si les Etats ne respectaient pas leurs engagement volontaires (connus dans la jargon onusien sous l'acronyme d'INDC) . Ceux-ci nous conduisent aujourd'hui à une augmentation de température de 3°C.

Il faudra donc déjà qu'ils soient respectés et revus à la hausse. L'accord prévoit d'ailleurs qu'ils soient ainsi révisés tous les cinq ans. Les INDC des pays en développement sont cependant conditionnés pour partie ou complètement, comme l'INDC des philippines, à des aides. Or, si le financement des pays développés pour aider les pays en développement à respecter leurs engagements de réduction des GES et d'adaptation est bien mentionné, en revanche, aucun chiffre n'est indiqué. Les cent milliards de dollars attendus sont complètement absents. Il s'agit d'un montant plancher qui est indiqué seulement dans la Décision. Un texte qui accompagne l'accord mais doit encore faire l'objet de débats. C'est regrettable, surtout que dans le même temps « on estime qu'un total de 1 900 milliards de dollars US de subventions vient alimenter le secteur des énergies fossiles chaque année » comme le souligne un rapport de l'ONG Oxfam publié en octobre 2013.

Romain Benicchio d'Oxfam France insistait d'ailleurs dans les colonnes de l'Humanité : « Cet accord implique la totalité des pays et c'est bien. Mais énormément d'incertitudes demeurent qui vont devoir être rapidement clarifiées, singulièrement concernant la question des financements ». "L'accord offre une bouée de sauvetage abimée aux populations les plus vulnérables et les plus pauvres. Il n'y a eu qu'une vague promesse de réaliser un futur fond climatique, alors que l'accord n'oblige pas les pays à réduire leurs émissions assez rapidement pour anticiper la catastrophe du changement climatique » ajoute la directrice général d'Oxfam Australie, Helen Szoke dans Inquirer, la version numérique du plus important journal Philippin.

Autres grands absents du texte : l'aviation et le transport maritime qui représentent prés de 10% des émissions mondiales. Ils sont exemptés de tout effort. Ont finalement disparus également du texte les populations indigènes particulièrement affectés dans leur mode de vie et dans leur culture par les effets du changement climatique. Enfin, si les pays les plus pauvres ont gagné la bataille concernant l'indication des 1,5°C dans le texte, ils l'ont payé assez cher en renonçant à des dispositions fortes concernant les pertes et dommages. Le texte renvoie pour l'essentiel au mécanisme négocié à la COP de Varsovie en 2013 qui reste assez flou et faible. Les responsabilités juridiques ont donc disparu de l'accord. La justice climatique y a beaucoup perdu.

L'accord ne remet pas en cause fondamentalement notre mode de développement. Et il n'engage pas la planète dans le grand virage écologique indispensable. Mais il eût été naïf d'en espérer davantage comme le rappelait Amy Dahan, la politiste, auteure avec Stefan C. Aykut de « gouverner le climat ? Vingt ans de négociations climatiques » (Les presse de Sciences-Po, 2015) : « Nous ne pouvons pas trop espérer de l'accord de Paris. Quand vous avez un consensus avec 195 pays, ce qui est commun est très bas et ne peut pas être suffisant », déclarait-elle à la journaliste Sara Pacia d'Inquirer.

Le temps presse cependant et la transition  économique et finalement  civilisationnelle indispensable qui permettra de changer notre rapport au monde, de passer  à une économie bas-carbone et ainsi d'éviter la catastrophe climatique est un défi majeur. « Le véritable enjeu sera peut-être malheureusement de rester sous les 4 ou 5 °C car l'effort à faire est considérable » déclarait le climatologue Hervé Letreut au micro de RFI.

Un premier pas est franchi, l'accord donne une architecture et une dynamique mais le chemin est encore très long et nous n'avons plus le temps. Un grand chantier s'ouvre ainsi pour la prochaine COP au Maroc l'année prochaine.

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