jeudi 10 décembre 2015

COP21 : La Russie refait surface dans les négociations

 Odile Meuvret
 
« Les Russes, c’est le mystère de l’âme slave, on a beaucoup de mal à les situer », ironisait à la veille de la COP21 du Bourget un délégué européen en observant que Moscou n’avait participé qu’à la dernière réunion ministérielle préparatoire. Après le discours du président Vladimir Poutine, invité par Paris, avec 147 autres chefs d’Etat et de gouvernement, à l’ouverture de la conférence le 30 novembre, la Russie avait maintenu un profil bas dans les premières négociations.

Mercredi 9 décembre, 48 heures avant la fin des travaux qui doivent déboucher sur un nouvel accord international de lutte contre le changement climatique, Moscou a soudain refait surface. Son ministre de l’Environnement, Sergueï Donskoï, fraîchement arrivé, a indiqué que son pays n’entendait pas bloquer le consensus qui se dessine entre les 195 pays participants.

Les temps passent et ne se ressemblent pas. En 1997, la Russie avait été l’un des acteurs clé du marchandage à trois (Etats-Unis, Communauté européenne et Russie) qui avait débouché sur des quotas juridiquement contraignants de réduction de gaz à effet de serre imposés aux pays industrialisés par le protocole de Kyoto. Par la suite, la délégation russe était souvent apparue divisée entre juristes du ministère des Affaires étrangères et techniciens des autres ministères. Avare d’interventions en début de conférence, elle avait parfois paralysé la fin des conférences climat de l’ONU. Le cas le plus célèbre est celui de la conférence de Bonn de juillet 2001, où un accord pour sauver le protocole de Kyoto, après le refus du président George W. Bush nouvellement élu de le ratifier, avait été entériné par acclamation en plénière informelle. Avant d’être remis en cause quelques heures plus tard par Moscou.

La Russie est le 5ème émetteur mondial de gaz à effet de serre (GES) derrière la Chine, les Etats-Unis, l’Inde et l’Union européenne. Après la fermeture de ses usines les plus polluantes de l’ère soviétique, elle a vu ses émissions fondre d’un tiers entre 1990 et 2012 et même de la moitié avec l’inclusion du stockage du CO2 par les forêts dont la comptabilisation est très controversée. Avare d’interventions en début de conférence, elle a parfois paralysé la fin des COP. Le cas le plus célèbre est celui de la conférence de Bonn de juillet 2001, où un accord pour sauver le protocole de Kyoto, après le refus du président George W. Bush nouvellement élu de le ratifier, avait été entériné par acclamation en plénière informelle. Avant d’être remis en cause quelques heures plus tard par la délégation russe.
Dans le cadre des promesses de limitation de GES (INDC en acronyme anglais) que les pays ont faites en amont de la conférence, Moscou avait promis de diminuer ses émissions de 25 à 30% en 2030 par rapport au niveau atteint en 1990. Mercredi 9 décembre, M. Donskoï a annoncé que finalement c’était le haut de la fourchette qui était retenu. Avant cette concession, un centre de recherches américain, le WRI, avait dénoncé le manque d’ambition russe. Il avait calculé qu’une baisse d’émissions de 25 à 30% par rapport à 1990 équivalait en réalité à une envolée de 40 à 50% « par rapport au niveau actuel ». Interrogé par un journaliste étranger sur cette analyse, M. Donskoï s’est abstenu de commentaire. Il a mis en avant la politique climatique de son pays et indiqué que Moscou envisageait, d’ici à la fin de la décennie, de donner un prix aux rejets de GES, soit par le biais d’une taxe carbone, soit par l’instauration d’un marché national d’échanges de droits de pollution.
Le ministre a confirmé que son pays souhaitait prendre en compte « de manière la plus large possible » le stockage de CO2 de ses forêts boréales pour atteindre son objectif de baisse d’émissions. Manière de dire que Moscou entendait préserver Gazprom et ses gros industriels de toute réglementation trop contraignante.
Le 30 novembre, M. Poutine n’avait pas hésité à affirmer que la baisse des émissions russes intervenue depuis 1990 était due aux « efforts de modernisation économique » de son gouvernement et à « l’introduction de technologies économisant l’énergie ». La Russie, avait-il poursuivi, « a plus que rempli ses engagements du protocole de Kyoto ». « Entre 1991 et 2012, elle a non seulement stabilisé ses émissions (comme prescrit par Kyoto) mais les a réduit substantiellement, épargnant ainsi 40 milliards de tonnes de CO2 à l’atmosphère ». « Les émissions mondiales ont atteint 46 milliards de tonnes en 2012, ce qui veut dire que la Russie, par ses efforts, a ralenti le réchauffement planétaire de presque un an », a-t-il encore estimé.

Dans ses propos liminaires, M. Poutine avait souligné que « le changement climatique est l’un des défis les plus graves auxquels l’humanité est confrontée » et dénoncé « les pertes économiques de plus en plus importantes consécutives aux ouragans, inondations et autres phénomènes extrêmes »
« Son discours était destiné à la consommation intérieure », relève le directeur climat du WWF-Russie, Alexeï Kokorine. M. Poutine a fait un réel effort de sensibilisation de son opinion publique, où « les climato-sceptiques sont très influents », note l’écologiste. Même si ses propos sur Kyoto sont « absurdes ».

M. Poutine avait également indiqué que Moscou atteindrait son objectif de réduction « grâce aux solutions qui vont percer pour économiser l’énergie et aux nouvelles nanotechnologies ». Il semblait préparer le terrain pour l’un de ses proches, Anatoli Tchoubaïs, qui s’est livré une semaine plus tard devant la presse à un vibrant plaidoyer en faveur des nanotechnologies. L’oligarque a estimé que les nanotubes de carbone fabriqués par son conglomérat, Rusnano, pourraient fortement améliorer l’efficacité énergétique des raffineries et des industries les plus polluantes (aciéries, cimenteries, métallurgie).

Ce qui n’a pas empêché quelques industriels russes de faire le voyage du Bourget pour vanter les mérites de leurs activités dans les nouvelles technologies. Ainsi Anatoly Tchoubaïs, un oligarque proche du président Poutine, s’est-il livré lundi 7 décembre devant la presse à un vibrant plaidoyer en faveur des nanotechnologies. Les nanotubes de carbone produits par le puissant conglomérat qu’il dirige (Rusnano) pourraient permettre d’améliorer l’efficacité énergétique des raffineries et des industries les plus polluantes (aciéries, cimenteries, métallurgie), a-t-il fait valoir.
« Tchoubaïs excepté, ces industriels ne représentent pas grand-chose, a estimé M. Kokorine. La plupart des industriels russes ne sont guère préoccupés du changement climatique ».

Un marché d’échanges de droits d’émissions avait été envisagé pour la fin de la décennie mais a été finalement mis sous le boisseau – shelved). Il serait difficile de le monter sans consultations de ceux qui ont déjà expérimenté ces transactions comme l’Union européenne, écrit un industriel russe dans une revue distribuée en VERSION anglaise à la conférence. De ce point de vue les sanctions économiques qui frappent actuellement la Russie (en raison du conflit ukrainien) sont très dommageables, estime-t-il.

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