dimanche 13 décembre 2015

COP21 : un accord historique mais...


Emotion hier soir à la dernière plénière de la COP21 : sous des applaudissements nourris, ce samedi 12 décembre, les 195 Etats ont adopté un accord mondial pour lutter contre le changement climatique. « je regarde la salle, je vois que la réaction est positive, je n'entends pas d'objection, l'accord est adopté » a lancé Laurent Fabius. Nul besoin de vote et d'avoir une majorité pour adopter le texte. Seul le consensus est requis. L'objectif de l'accord qui entrera en vigueur en 2020 est ambitieux : il s'agit de limiter l'augmentation de température globale « en deça de 2°C par rapport au niveau pré-industriel et de poursuivre les efforts pour limiter la hausse à 1,5°C ». De quoi satisfaire en partie les pays les plus vulnérables qui se sont battus pour que ce chiffre de 1,5°C soit inscrit dans l'accord. C'est un signal politique fort pour l'ensemble de la planète après l'échec à réaliser un tel consensus en 2009 à Copenhague.

Si la plupart des ONG se réjouissent qu'il y ait eu un accord, elles n'en alertent pas moins sur son insuffisance, le fait qu'il ne s'agit que d'une première étape et qu'il reste l'urgence d'agir avant 2020. D'ailleurs, conscient de cet en enjeu, François Hollande a annoncé sur ce point. « Dés demain, je ferai la proposition que les pays qui veulent aller plus vite puissent réactualiser avant 2020 tous les engagements. Cet accord n'est pas un aboutissement : c'est un début ».

S'il y a bien un objectif chiffré pour l'augmentation de température globale, en revanche, rien n'est dit sur des objectifs de réduction impératifs de gaz à effet de serre (GES). Le texte mentionne seulement un pic d'émissions de GES à atteindre « le plus tôt possible ». Par ailleurs, si l'accord est moralement, contraignant, comme le souligne Pierre Radanne, président de l'association 4D, il ne l'est pas juridiquement. Il ne propose en particulier aucun mécanisme de sanction si les Etats ne respectaient pas leurs engagement volontaires (connus dans la jargon onusien sous l'acronyme d'INDC) . Ceux-ci nous conduisent aujourd'hui à une augmentation de température de 3°C.

Il faudra donc déjà qu'ils soient respectés et revus à la hausse. L'accord prévoit d'ailleurs qu'ils soient ainsi révisés tous les cinq ans. Les INDC des pays en développement sont cependant conditionnés pour partie ou complètement, comme l'INDC des philippines, à des aides. Or, si le financement des pays développés pour aider les pays en développement à respecter leurs engagements de réduction des GES et d'adaptation est bien mentionné, en revanche, aucun chiffre n'est indiqué. Les cent milliards de dollars attendus sont complètement absents. Il s'agit d'un montant plancher qui est indiqué seulement dans la Décision. Un texte qui accompagne l'accord mais doit encore faire l'objet de débats. C'est regrettable, surtout que dans le même temps « on estime qu'un total de 1 900 milliards de dollars US de subventions vient alimenter le secteur des énergies fossiles chaque année » comme le souligne un rapport de l'ONG Oxfam publié en octobre 2013.

Romain Benicchio d'Oxfam France insistait d'ailleurs dans les colonnes de l'Humanité : « Cet accord implique la totalité des pays et c'est bien. Mais énormément d'incertitudes demeurent qui vont devoir être rapidement clarifiées, singulièrement concernant la question des financements ». "L'accord offre une bouée de sauvetage abimée aux populations les plus vulnérables et les plus pauvres. Il n'y a eu qu'une vague promesse de réaliser un futur fond climatique, alors que l'accord n'oblige pas les pays à réduire leurs émissions assez rapidement pour anticiper la catastrophe du changement climatique » ajoute la directrice général d'Oxfam Australie, Helen Szoke dans Inquirer, la version numérique du plus important journal Philippin.

Autres grands absents du texte : l'aviation et le transport maritime qui représentent prés de 10% des émissions mondiales. Ils sont exemptés de tout effort. Ont finalement disparus également du texte les populations indigènes particulièrement affectés dans leur mode de vie et dans leur culture par les effets du changement climatique. Enfin, si les pays les plus pauvres ont gagné la bataille concernant l'indication des 1,5°C dans le texte, ils l'ont payé assez cher en renonçant à des dispositions fortes concernant les pertes et dommages. Le texte renvoie pour l'essentiel au mécanisme négocié à la COP de Varsovie en 2013 qui reste assez flou et faible. Les responsabilités juridiques ont donc disparu de l'accord. La justice climatique y a beaucoup perdu.

L'accord ne remet pas en cause fondamentalement notre mode de développement. Et il n'engage pas la planète dans le grand virage écologique indispensable. Mais il eût été naïf d'en espérer davantage comme le rappelait Amy Dahan, la politiste, auteure avec Stefan C. Aykut de « gouverner le climat ? Vingt ans de négociations climatiques » (Les presse de Sciences-Po, 2015) : « Nous ne pouvons pas trop espérer de l'accord de Paris. Quand vous avez un consensus avec 195 pays, ce qui est commun est très bas et ne peut pas être suffisant », déclarait-elle à la journaliste Sara Pacia d'Inquirer.

Le temps presse cependant et la transition  économique et finalement  civilisationnelle indispensable qui permettra de changer notre rapport au monde, de passer  à une économie bas-carbone et ainsi d'éviter la catastrophe climatique est un défi majeur. « Le véritable enjeu sera peut-être malheureusement de rester sous les 4 ou 5 °C car l'effort à faire est considérable » déclarait le climatologue Hervé Letreut au micro de RFI.

Un premier pas est franchi, l'accord donne une architecture et une dynamique mais le chemin est encore très long et nous n'avons plus le temps. Un grand chantier s'ouvre ainsi pour la prochaine COP au Maroc l'année prochaine.

jeudi 10 décembre 2015

COP21 : La Russie refait surface dans les négociations

 Odile Meuvret
 
« Les Russes, c’est le mystère de l’âme slave, on a beaucoup de mal à les situer », ironisait à la veille de la COP21 du Bourget un délégué européen en observant que Moscou n’avait participé qu’à la dernière réunion ministérielle préparatoire. Après le discours du président Vladimir Poutine, invité par Paris, avec 147 autres chefs d’Etat et de gouvernement, à l’ouverture de la conférence le 30 novembre, la Russie avait maintenu un profil bas dans les premières négociations.

Mercredi 9 décembre, 48 heures avant la fin des travaux qui doivent déboucher sur un nouvel accord international de lutte contre le changement climatique, Moscou a soudain refait surface. Son ministre de l’Environnement, Sergueï Donskoï, fraîchement arrivé, a indiqué que son pays n’entendait pas bloquer le consensus qui se dessine entre les 195 pays participants.

Les temps passent et ne se ressemblent pas. En 1997, la Russie avait été l’un des acteurs clé du marchandage à trois (Etats-Unis, Communauté européenne et Russie) qui avait débouché sur des quotas juridiquement contraignants de réduction de gaz à effet de serre imposés aux pays industrialisés par le protocole de Kyoto. Par la suite, la délégation russe était souvent apparue divisée entre juristes du ministère des Affaires étrangères et techniciens des autres ministères. Avare d’interventions en début de conférence, elle avait parfois paralysé la fin des conférences climat de l’ONU. Le cas le plus célèbre est celui de la conférence de Bonn de juillet 2001, où un accord pour sauver le protocole de Kyoto, après le refus du président George W. Bush nouvellement élu de le ratifier, avait été entériné par acclamation en plénière informelle. Avant d’être remis en cause quelques heures plus tard par Moscou.

La Russie est le 5ème émetteur mondial de gaz à effet de serre (GES) derrière la Chine, les Etats-Unis, l’Inde et l’Union européenne. Après la fermeture de ses usines les plus polluantes de l’ère soviétique, elle a vu ses émissions fondre d’un tiers entre 1990 et 2012 et même de la moitié avec l’inclusion du stockage du CO2 par les forêts dont la comptabilisation est très controversée. Avare d’interventions en début de conférence, elle a parfois paralysé la fin des COP. Le cas le plus célèbre est celui de la conférence de Bonn de juillet 2001, où un accord pour sauver le protocole de Kyoto, après le refus du président George W. Bush nouvellement élu de le ratifier, avait été entériné par acclamation en plénière informelle. Avant d’être remis en cause quelques heures plus tard par la délégation russe.
Dans le cadre des promesses de limitation de GES (INDC en acronyme anglais) que les pays ont faites en amont de la conférence, Moscou avait promis de diminuer ses émissions de 25 à 30% en 2030 par rapport au niveau atteint en 1990. Mercredi 9 décembre, M. Donskoï a annoncé que finalement c’était le haut de la fourchette qui était retenu. Avant cette concession, un centre de recherches américain, le WRI, avait dénoncé le manque d’ambition russe. Il avait calculé qu’une baisse d’émissions de 25 à 30% par rapport à 1990 équivalait en réalité à une envolée de 40 à 50% « par rapport au niveau actuel ». Interrogé par un journaliste étranger sur cette analyse, M. Donskoï s’est abstenu de commentaire. Il a mis en avant la politique climatique de son pays et indiqué que Moscou envisageait, d’ici à la fin de la décennie, de donner un prix aux rejets de GES, soit par le biais d’une taxe carbone, soit par l’instauration d’un marché national d’échanges de droits de pollution.
Le ministre a confirmé que son pays souhaitait prendre en compte « de manière la plus large possible » le stockage de CO2 de ses forêts boréales pour atteindre son objectif de baisse d’émissions. Manière de dire que Moscou entendait préserver Gazprom et ses gros industriels de toute réglementation trop contraignante.
Le 30 novembre, M. Poutine n’avait pas hésité à affirmer que la baisse des émissions russes intervenue depuis 1990 était due aux « efforts de modernisation économique » de son gouvernement et à « l’introduction de technologies économisant l’énergie ». La Russie, avait-il poursuivi, « a plus que rempli ses engagements du protocole de Kyoto ». « Entre 1991 et 2012, elle a non seulement stabilisé ses émissions (comme prescrit par Kyoto) mais les a réduit substantiellement, épargnant ainsi 40 milliards de tonnes de CO2 à l’atmosphère ». « Les émissions mondiales ont atteint 46 milliards de tonnes en 2012, ce qui veut dire que la Russie, par ses efforts, a ralenti le réchauffement planétaire de presque un an », a-t-il encore estimé.

Dans ses propos liminaires, M. Poutine avait souligné que « le changement climatique est l’un des défis les plus graves auxquels l’humanité est confrontée » et dénoncé « les pertes économiques de plus en plus importantes consécutives aux ouragans, inondations et autres phénomènes extrêmes »
« Son discours était destiné à la consommation intérieure », relève le directeur climat du WWF-Russie, Alexeï Kokorine. M. Poutine a fait un réel effort de sensibilisation de son opinion publique, où « les climato-sceptiques sont très influents », note l’écologiste. Même si ses propos sur Kyoto sont « absurdes ».

M. Poutine avait également indiqué que Moscou atteindrait son objectif de réduction « grâce aux solutions qui vont percer pour économiser l’énergie et aux nouvelles nanotechnologies ». Il semblait préparer le terrain pour l’un de ses proches, Anatoli Tchoubaïs, qui s’est livré une semaine plus tard devant la presse à un vibrant plaidoyer en faveur des nanotechnologies. L’oligarque a estimé que les nanotubes de carbone fabriqués par son conglomérat, Rusnano, pourraient fortement améliorer l’efficacité énergétique des raffineries et des industries les plus polluantes (aciéries, cimenteries, métallurgie).

Ce qui n’a pas empêché quelques industriels russes de faire le voyage du Bourget pour vanter les mérites de leurs activités dans les nouvelles technologies. Ainsi Anatoly Tchoubaïs, un oligarque proche du président Poutine, s’est-il livré lundi 7 décembre devant la presse à un vibrant plaidoyer en faveur des nanotechnologies. Les nanotubes de carbone produits par le puissant conglomérat qu’il dirige (Rusnano) pourraient permettre d’améliorer l’efficacité énergétique des raffineries et des industries les plus polluantes (aciéries, cimenteries, métallurgie), a-t-il fait valoir.
« Tchoubaïs excepté, ces industriels ne représentent pas grand-chose, a estimé M. Kokorine. La plupart des industriels russes ne sont guère préoccupés du changement climatique ».

Un marché d’échanges de droits d’émissions avait été envisagé pour la fin de la décennie mais a été finalement mis sous le boisseau – shelved). Il serait difficile de le monter sans consultations de ceux qui ont déjà expérimenté ces transactions comme l’Union européenne, écrit un industriel russe dans une revue distribuée en VERSION anglaise à la conférence. De ce point de vue les sanctions économiques qui frappent actuellement la Russie (en raison du conflit ukrainien) sont très dommageables, estime-t-il.

samedi 5 décembre 2015

L’Inde : le charbon de la discorde


Odile Meuvret et Pierre Lefèvre



Parodie Public eye Award, 2013
« Le premier ministre indien, Narendra Modi, pourrait décider de la trace que laissera Obama dans l’histoire » en matière climatique, titrait pompeusement le New York Times le 30 novembre au moment où s’ouvrait la COP21 au Bourget près de Paris. De lui dépendra peut-être l'issue de la conférence de l’ONU qui doit déboucher le 11 décembre sur un nouvel accord international de réduction des gaz à effet de serre (GES).

2ème pays le plus peuplé du monde (1,2 milliard d’habitants), l’Inde est le 3ème émetteur mondial de CO2 lié à la production et à la consommation d’énergie. Mais 300 millions d’Indiens sont encore sans accès à l’électricité. Ses émissions par tête de CO2 énergétique restent modestes au regard de celles des deux premiers émetteurs : 1,6 tonne en 2012 contre 6 tonnes pour la Chine et 16 tonnes pour les Etats-Unis.

Reste que le charbon représente presque la moitié du mix énergétique indien. Or c'est le combustible fossile qui émet le plus de CO2 par quantité de chaleur ou d'électricité produite. M. Modi a confirmé qu’il n’entendait pas renoncer à la principale ressource énergétique nationale. « Nous avons encore besoin d’énergie conventionnelle et il n’est pas question qu’on nous impose des limites à son utilisation », a-t-il martelé le 30 décembre à la plénière d’ouverture. C'est que l'Inde est non seulement un gros producteur mondial de charbon, le plaçant au 3eme rang mondial, mais c'est aussi le pays qui possèdes les plus importantes réserves. Selon, l'Agence américaine de l’énergie (EIA), elles représentent en volume le 3eme potentiel mondial derrière la Chine et les Etats-Unis. « L’Inde n’a pas d’autre choix que le charbon pour sa production d’électricité en base (production hors heures de pointe) car elle n’a pas accès à d’autres énergies si ce n’est l’hydroélectricité qui se révèle intermittente », a d'ailleurs confirmé l’écologiste indien K. Srinivas (Climate Action Network) le 1er décembre au Bourget devant la presse. 

La contribution nationale (INDC en abréviation anglaise) indienne, publiée le 1er octobre prévoit pourtant une diminution de « intensité carbone » de l'économie, c'est-à-dire la quantité de CO2 émis pour produire de la richesse, par unité de production intérieure brute pour être précis. Elle devait se situer dans une fourchette allant de 33 à 35 % à l’horizon 2030 par rapport au niveau de 2005. Pour cela, l'Inde compte à la même échéance porter la part combinée des renouvelables et du nucléaire à 40% de la capacité installée de production d’électricité si l’aide financière et technologique des pays riches est au rendez-vous. Enfin, le pays a de grandes ambition dans le solaire souhaitant passer de 4 gigawatts installés actuellement à 100 GW dès 2022. Un bond considérable ! Les renouvelables , dans leur ensemble, devrait croître dans le même temps de 36 à 175 GW.

Juste avant de rappeler en séance plénière les positions traditionnelles de l’Inde dans les négociations climatiques, M. Modi a lancé solennellement avec le président François Hollande, dans un événement organisé en marge de la conférence, une plate-forme de coopération technologique sur le solaire. Selon un communiqué indien, cette Alliance solaire internationale (InSPA) ambitionne de réunir des pays industrialisés disposant de technologies et de financements et « 121 » pays du Sud à fort potentiel solaire « du tropique du Cancer jusqu’au tropique du Capricorne ».

Il y a une certaine contradiction dans la position indienne, a noté le lendemain le chef de l’Etat. « D’un côté M. Modi a été très présent hier avec l’énergie solaire dont il veut être leader, il a été également très impliqué dans une initiative (publique-privée de recherche sur les énergies propres) » lancée (le même jour) par Bill Gates. Mais de l’autre l’Inde « ne veut pas mettre en cause » les énergies fossiles, a observé M. Hollande en réponse à une question d’un journaliste.

Une décarbonisation de l’économie indienne à l’horizon 2050 est en fait encore possible et passe prioritairement par le secteur de la production d’électricité, note un rapport signé de deux centres de recherches internationaux, l’IDDRI (fondé par l’actuel ambassadeur climat français, Laurence Tubiana) et le SDSN (dirigé par l’économiste américain Jeffrey Sachs). Selon les deux scénarios étudiés, les investissements cumulés entre 2015 et 2050 se chiffreraient pour ce seul secteur entre 1.800 et 2.200 milliards de dollars, selon une version actualisée du document mise en ligne le 3 décembre.

L'Inde n'est hélas pas le seul pays a misé ainsi sur le charbon. Les risques d’une flambée des émissions mondiales liées au charbon ont été mis en évidence dans une étude présentée le 1er décembre, en marge de la COP, par l’ONG Climate Action Tracker. « Si toutes les centrales au charbon annoncées, en cours d’instruction ou en construction dans le monde sont mises en service, les émissions dépasseront en 2030 de 400% le niveau compatible avec une augmentation de 2 degrés C » de la température moyenne mondiale en 2100, avertit le rapport de l’organisation .



COP21 : un illustre vétéran des négociations est de retour 

 

post rédigé par Odile Meuvret, ancienne journaliste AFP

Michel Zammit Cutajar, un diplomate maltais qui a fait toute sa carrière à l’ONU et a été des années durant le plus haut responsable de l’organisation sur le dossier climat, va reprendre du service auprès de la présidence française de la COP21. C’est ce qu’a annoncé Laurent Fabius vendredi 4 décembre en dressant un premier bilan de la conférence climat du Bourget depuis son ouverture le 30 novembre. L’idée est de faciliter, d’ici la fin des travaux prévue le 11 décembre, la conclusion d’un nouvel accord de réduction des gaz à effet de serre entre les 195 pays partie à la Convention climat de l’ONU.
M. Zammit Cutajar, dont l’habileté est légendaire, suit les négociations climat depuis un quart de siècle. Il a participé à l’élaboration de la Convention, le premier accord climatique de l’ONU signé en 1992 au sommet de Rio. Il a été notamment secrétaire exécutif de la Convention entre 1995 et 2002.

« Le compte n’y est pas encore », a dit M. Fabius à la presse en évoquant la première semaine des négociations du Bourget dont il exerce la présidence. Les pourparlers « doivent s’accélérer », alors que les ministres sont attendus le 7 décembre pour reprendre les choses en mains et trancher les points les plus controversés du projet d’accord. Et d’annoncer qu’il avait chargé deux diplomates de son équipe, François Delattre et Philippe Lacoste, « avec le concours de Michael Zammit Cutajar, de contacter tous les groupes de pays sur la méthode à venir des négociations ».

M. Zammit Cutajar « jouit de la confiance de tout le monde » et sa nomination est de bon augure, observe Pierre Radanne, expert des questions d’énergie et fin connaisseur du dossier climat.

mardi 1 décembre 2015

Climat : les Etats-Unis reconnaissent leur responsabilité 


Post rédigé par Odile Meuvret, ancienne journaliste à l'AFP (Bourget)

Copyright Takver, licence CC
Pour la première fois les Etats-Unis ont reconnu lundi 30 novembre, à l’occasion de l’ouverture de la COP21, qu’ils avaient une part de responsabilité dans les rejets de gaz à effet de serre à l’origine du changement climatique. « Dirigeant de la première économie planétaire et du deuxième émetteur mondial, je suis venu dire ici, en personne, que les Etats-Unis d’Amérique, non seulement reconnaissent leur rôle dans la création de ce problème mais aussi assument leurs responsabilités en vue de relever » ce défi, a déclaré le président Barack Obama.

M. Obama s’adressait à la plénière solennelle de la conférence de Paris sur le climat qui doit aboutir en moins de deux semaines à un nouvel accord de réduction des gaz à effet de serre entre les 195 pays partie à la Convention climat de l’ONU. Il avait pour auditeurs 150 chefs d’Etat et de gouvernement, venus des cinq continents pour donner une impulsion politique aux négociations.

Il visait en premier lieu les pays du Sud qui ne sont traditionnellement prêts à limiter leurs émissions qu’avec l’aide financière et technologique du Nord, au motif que les pays industriels sont seuls responsables du changement climatique. Dans ce contexte, M. Obama a pris soin de limiter la portée de son propos. « Il faudra s’assurer ici à Paris, a-t-il dit, que les nouvelles ressources financières (annoncées dans le cadre ou en marge d’un nouvel accord climatique) aillent aux pays qui ont besoin d’aide pour faire face aux impacts désormais inévitables du changement climatique ». Donc plutôt aux pays très pauvres ou aux petites îles menacées de disparition qu’à l’Inde et autres grands émergents.

On peut néanmoins mesurer le chemin parcouru par l’administration américaine en rappelant que le prédécesseur de M. Obama, le président George W. Bush, avait mis en cause l’existence même du changement climatique en arrivant au pouvoir en 2001.

M. Obama, lui-même en fin de second mandat, a saisi l’occasion pour dresser le bilan de son action climatique. « Dans les sept dernières années, a-t-il dit, nous avons fait des investissements ambitieux dans les énergies propres et nous avons beaucoup investi dans la réduction de nos émissions ». Il a cité les progrès accomplis en matière d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique et mentionné en termes voilés sa récente décision d’interdire un nouveau tronçon d’oléoduc (Keystone). Il a souligné que « pour la première fois » les émissions des centrales électriques allaient être abaissées dans le cadre d’une nouvelle réglementation (« Clean power plan »). 
Les ONG américaines se sont félicitées du discours de M. Obama. Le climat est l’un des domaines où le président « s’est fortement engagé » et entend laisser sa marque dans l’Histoire, a jugé l’écologiste américaine May Boeve (350.org).

Le bilan de M. Obama en matière climatique s’annonce en réalité fort incertain, eu égard à l’hostilité acharnée du Congrès au « Clean power plan », que le président a adopté dans le cadre de ses pouvoirs exécutifs en s’appuyant sur une loi de 1990. Les deux Chambres du Congrès sont actuellement à majorité républicaine. Le 17 novembre, le Sénat a adopté, par 52 voix contre 46, deux résolutions (« joint resolutions », équivalant à des projets de loi en droit américain) qui visent à rendre caduque la réglementation des centrales électriques. Des versions similaires de ces deux textes sont en préparation à la Chambre, selon la presse américaine. M. Obama a d’ores et déjà annoncé qu’il mettrait son veto à ces résolutions ayant force de lois, s’il était appelé à les promulguer.

Pour comprendre cette confrontation entre exécutif et législatif il faut se souvenir que, dans le système constitutionnel de séparation des pouvoirs à l’américaine, le Congrès a infiniment plus de pouvoir que dans un régime parlementaire à la française. Et qu’un sénateur d’un Etat charbonnier comme le Wyoming (450.000 habitants) pèse aussi lourd qu’un sénateur de Californie (39 millions d’habitants).

Les Etats, les villes, les entreprises, les investisseurs, la société civile, s’engagent désormais pour le climat, aux Etats-Unis aussi, a commenté l’écologiste américain Alden Meyer (Union of concerned scientist) en réaction au discours de M. Obama. « Seul le Congrès est encore à la traîne et cela s’explique notamment par la manière dont les campagnes électorales sont financées ».

dimanche 29 novembre 2015

Vers une révision à la hausse de l'INDC du Canada


Post rédigé par Odile Meuvret, ancienne journaliste à l'AFP

Stéphane Dion, Ministre canadien des Affaires étrangères


« Le Canada est de retour » sur la scène climatique, ont martelé dimanche 29 novembre les nouveaux ministres fédéraux des Affaires étrangères, Stéphane Dion, et de l’Environnement, Catherine McKenna, en s’adressant à la presse.

Stéphane Dion est un fin connaisseur des négociations climatiques puisqu'il fut en 2005 Président de la COP11 qui s'était tenue à Montréal. Par sa voix, le Canada entend devenir un « chef de file de la communauté internationale » en vue de la conclusion à Paris d’un « accord robuste accomplissant un pas important dans la bonne direction ».

A la veille de l’ouverture de la COP21, Mme McKenna et M. Dion ont confirmé que l’INDC (Contribution déterminée au niveau national) d’Ottawa serait revue en hausse « d’ici à 90 jours » et assortie d’un plan de mise en œuvre, élaboré avec les premiers ministres des dix provinces canadiennes.

Trois semaines après l’arrivée au pouvoir du nouveau premier ministre libéral, Justin Trudeau, ces déclarations confirment le virage à 180 degrés d’Ottawa sur le dossier climat. Traditionnellement le Canada estime ne pas pouvoir faire plus que les Etats-Unis en matière de politique climatique, eu égard aux liens économiques étroits qu’il entretient avec son puissant voisin. Son dernier premier ministre conservateur, Stephen Harper, avait même été encore moins ambitieux que le président Obama. L’INDC canadienne prévoit une baisse de gaz à effet de serre de 30% à l’horizon 2030 alors que sur la même base (2005), Washington promet une diminution de 25 à 28% dès 2025.

Après une lutte acharnée entre « pro-américains » et « pro-européens », Ottawa avait fini par ratifier le protocole de Kyoto fin 2002, plus d’un an et demi après le rejet de ce traité par le président George W. Bush. Mais les gouvernements successifs n’ont pris aucune mesure pour respecter le protocole. Et au lieu de reculer de 6% comme prescrit par Kyoto, les émissions se sont envolées de 25% en 2012 (base 1990). Acculé à acheter des quantités considérables de droits d’émission sur les marchés du carbone pour respecter Kyoto, M. Harper avait préféré dénoncer le protocole en 2011.

Comme toute négociation internationale, les tractations climatiques n’échappent pas aux aléas de politique intérieure des acteurs petits et grands qui y participent. Le revirement canadien en est une illustration éclatante. En l’occurrence il est plutôt de bon augure pour la conférence de Paris

jeudi 25 juin 2015



Le mécanisme REDD+ sur la forêt : la logique des marchés volontaires gagne du terrain face à l’ambition d’une régulation onusienne

Un post de Alain Karsenty CIRAD, socio-économiste, Département "Environnements et société"et Gabriela Simonet, doctorante au CIRAD.


Forêt tropicale de Malaisie,
Patrick et Hoang-Anh,  licence Creative Commons

Il y a quelque chose d’extraordinaire à entendre des commentateurs annoncer que la négociation REDD+ (Réduction des émissions liées à la déforestation et la dégradation des forêts dans les pays en développement) est terminée, qu’un accord a été trouvé lors des négociations climat à Bonn pour que REDD+ soit opérationnel. D’abord, cela fait 5 ans qu’on annonce qu’un accord a été trouvé sur REDD+ (depuis Cancun…), et  on se demande encore ce qui restait à négocier. Il est frappant de lire ensuite dans les détails des sites spécialisés (et les décisions publiées à Bonn) qu’un accord historique à négocier a bien été trouvé (« REDD+ is finished »), mais … qu’il reste encore beaucoup de choses à résoudre pour que le mécanisme soit opérationnel. 

Sur trois points les choses ont avancé depuis Varsovie :

·         « L’approche conjointe d’adaptation et d’atténuation » et son corollaire, les bénéfices non carbones, constituaient deux thèmes ardemment défendus par la Bolivie qui est opposée à une approche « marché carbone », et qui demandait que les pays puissent être rémunérés pour la conservation de la biodiversité, du cycle de l’eau et le rôle socio-culturel des forêts. Les bénéfices non-carbones étaient considérés avec intérêt par les pays d’Afrique centrale qui s’inquiètent de ne pas bénéficier suffisamment de REDD+ au vu des taux relativement peu élevés de déforestation qui les caractérisent. Les pays demandaient un guide méthodologique pour faire valoir ces bénéfices. L’accord prévoit que l’approche bolivienne puisse être adoptée par les pays qui le souhaitent et renvoie au Fonds Vert pour le Climat pour le financement, Fonds qui est très loin d’être doté des 100 milliards de dollars par an que prévoit l’accord de Copenhague.  Quant aux bénéfices non carbone, l’accord de Bonn renvoie à de vagues lignes directrices, sans aller jusqu’à prétendre proposer des méthodes d’évaluation.

·        La question des «clauses de sauvegardes » (sociales, environnementales…) restait un point de tension Nord-Sud, les pays du Sud considérant que les minimum requis étaient excessifs et très coûteux. L’accord de compromis renvoie très largement aux « circonstances nationales » et laisse une grande marge de manœuvre aux gouvernements pour agir « de manière appropriée » (« as appropriate ») dans la novlangue des négociateurs.

·         Quant à la question du financement, la logique du « libre-service » qui prévaut depuis Copenhague a simplement été poussée jusqu’au bout : les pays pourront choisir de passer par le marché ou par d’autres canaux (par exemple le Fonds Vert pour le Climat, ce qui était déjà acté depuis Varsovie). Cela veut dire que le la logique du marché volontaire s’étend dorénavant à la sphère des accords inter-Etats, et que les accords bilatéraux tels que ceux que la Norvège a conclus avec le Brésil (achat à 5$ la tonne de CO2 équivalent pour la réduction de la déforestation dans le biome amazonien – avec une convention de 100 t de carbone stocké par hectare boisé) seront « officiellement reconnus » (pourvu que  les règles de l’UNFCCC (Convention-Cadre des Nations-Unies pour le Changement Climatique) pour REDD+ soient respectées). À condition qu’il y ait des acheteurs. Le marché carbone de l’UE est, au moins jusqu’en 2021, fermé à tout type de crédits forestiers. Comme pour l’heure  aucun accord global de type « cap & trade » n’est envisageable à Paris, et que, fragmentation du régime climatique oblige,  les marchés carbone se multiplient sur des bases nationales voire sous-nationale (Chine, Brésil…), ce seront les autorités de ces marchés qui décideront dans quelle mesure elles permettront aux entreprises assujetties d’acheter des crédits REDD+ pour remplir une partie de leurs objectifs, comme c’est actuellement le cas en Californie. Cela dit, on ne voit pas très bien pourquoi ces marchés imposeraient d’acheter des crédits REDD+ « UNFCCC » plutôt que des crédits REDD+ « volontaires », étant donné que la frontière entre marché volontaire et marchés « de conformité » s’estompe. Sauf si, et ce sera peut-être la seule raison, cela permet aux pays qui doivent encore déposer leurs contributions volontaires (INDCs) de se prévaloir, le cas échéant, de l’achat futur de crédits REDD+ pour réaliser leurs engagements volontaires. 

Il reste également à envisager tout ce qui n’a pas été abordé… La question importante de la non-permanence, qui accompagne les discussions sur les forêts dans la négociation climat depuis le milieu des années 1990… L’expérience des « crédits temporaires » dans le MDP ayant été un échec cuisant, il est probable que l’on demandera des « buffers » (retenue d’une partie des crédits d’une période sur l’autre) qui ne garantiront en rien une véritable permanence des choix politiques concernant l’usage des terres. L’articulation (nested approach) entres les résultats « juridictionnels » (grande région, État fédéral – l’échelle à laquelle se feront dorénavant la plupart des « projets REDD+ ») et le niveau national n’a pas été discutée : que se passe-t-il en termes de délivrance des crédits si la déforestation baisse au niveau juridictionnel et s’accroît au niveau national ? La question des fuites » de carbone entre pays ou juridictions ne manquera pas de s’inviter dans les débats à une étape ultérieure. Il reste également la question du MRV (Monitoring, Reporting & Verification). Les pays du Sud ayant obtenu de rester maîtres des conditions d’œuvre de leurs propres MRV, il faudra que ces systèmes soient opérationnels pour que l’UNFCCC valide les transactions qui se seraient opérées entre un acheteur et un vendeur (État ou juridiction). Or, mis à part le Brésil, pratiquement aucun pays du Sud ne dispose de systèmes de MRV corrects.  

Enfin, ce sont les pays qui doivent proposer leurs « niveaux de référence », et beaucoup proposeront des scénarios de déforestation future dits « business-as-usual », qui seront très largement arbitraires et, de toute façon, invérifiables (puisque si REDD+ est mis en œuvre, ce scénario « contrefactuel » ne se réalisera pas). Les experts engagés par l’UNFCC pourront les examiner mais pas les remettre en cause, ni émettre des doutes sur les politiques proposées pour les atteindre. La crédibilité des réductions annoncées pourrait ainsi être questionnée. 

Au bout du compte, l’hybridation entre le mécanisme REDD+ pensé dans le cadre des marchés de conformité (régulés par l’UNFCCC, sur un fond de logique « cap & trade ») et les initiatives REDD+ diverses que l’on trouve  sur les marchés volontaires est frappante. Cela permet un « accord » qui laissera aux différents acteurs la possibilité de conclure des arrangements REDD+ … qui ne les contraignent pas trop. REDD+ est à l’image du régime climatique actuel issu de l’échec de Copenhague : fragmenté, et inefficace au regard des ambitions nécessaires.

mercredi 6 mai 2015




Y-a-t-il encore des raisons d’espérer le succès de la COP21 ? 



Nicholas Stern, Copyright Neil Palmer Licence Creactive Commons

« Il y a un fossé entre l’ensemble des intentions (d’engagements) nationales (de réduction de gaz à effet de serre) et le chemin qui est nécessaire pour éviter » un changement climatique dangereux. A quelques mois de  la COP21, l‘économiste britannique Nicholas Stern a voulu lundi rappeler aux Etats de la planète l’enjeu impérieux de l’accord qui doit être trouvé à Paris en décembre prochain. Le compte des réductions des gaz à effet de serre n’y est pas encore et le temps presse. Selon l’analyse de l’économiste, les émissions mondiales devraient avoisiner 35 milliards de tonnes équivalent CO2 d’ici 2030 en tenant compte des engagements connus des différents pays qui seront présents à Paris, alors qu’elles ne devraient pas dépasser 23 milliards pour espérer limiter le réchauffement climatique à 2 °C.  L’Agence Internationale de l’énergie avait d’ailleurs en novembre dernier publié un rapport prospectif dans lequel elle prévoyait un scénario catastrophique d’augmentation de la température de 3,6° C d’ici la fin du siècle. Pour l’heure, Les Etats-Unis, la Chine et l’Union Européenne ont déjà annoncé leurs objectifs chiffrés pour 2030 (ce qui représente déjà entre 21 à 22 milliards de tonnes équivalent CO2).

Sans attendre que les autres grands pays émetteurs comme l’Australie, le Japon, le Brésil ou le Canada fassent connaître à Bonn en juin prochain leurs propres objectifs, la partie semble donc déjà mal engagée. Faut-il alors désespérer de l’utilité de la COP 21 ? Non, dit en substance clairement Nicholas Stern qui veut croire qu’un bon accord peut être trouvé : « il reste du temps avant Paris (pour renforcer l’accord potentiel) ». Pourquoi un tel optimiste ? Quelles sont les raisons d’espérer encore ? Premier point : tous les observateurs s’accordent pour dire que tous les Etats veulent un accord, même à minima. Les pays émergent ne peuvent plus adopter l’attitude qui fut la leur à Copenhague arguant de la responsabilité des pays développés car aujourd’hui, ils font partie des « gros émetteurs » de la planète. La croissance phénoménale de la Chine s’est accompagnée d’une croissance comparable de la consommation d’énergie basée principalement sur les énergies fossile. Le charbon couvre ainsi 70 % des besoins énergétiques du pays, faisant de la Chine le premier émetteur de C02 de la planète. Et les émissions de la Chine par habitant dépassent désormais celles de certains pays européens dont la France. Par ailleurs, la situation énergétique n’est aujourd’hui plus tenable pour la Chine, compte tenu de la dépendance qu’elle implique mais aussi, comme en Inde, des problèmes de qualité de l’air et ses conséquences sanitaires pour la population. 

En outre, la Chine a conclu un accord en novembre dernier sur le climat avec les Etats-Unis, en dehors de la COP21. Les chinois se sont engagés à baisser leurs émissions à partir de 2030 tandis que les Américains réduiront leurs émission de 26 à 28 % d’ici 2025 par rapport à 2005.  Il s’agit d’un signal fort de deux pays qui représentent près de la moitié des émissions de gaz à effet de serre de la planète. Certes les objectifs sont  insuffisant au regard du climat, mais c’est la première fois que les deux protagonistes, traditionnellement opposés dans les négociations climat, s’entendent. Par ailleurs, ils ont pris soin d’ajouter qu’il s’agit là d’une première étape.

Autre raison d’espérer : la baisse considérable des prix des renouvelables. "Le coût de production de l'électricité générée à partir de sources d'énergie renouvelables a atteint la parité ou reste situé en dessous du coût des combustibles fossiles pour de nombreuses technologies dans beaucoup de parties du monde", affirmait ainsi l'Agence internationale de l'énergie renouvelable (IRENA) dans un rapport publié en janvier dernier. Le prix de l’électricité solaire a ainsi chuté de 65 % entre 2010 et 2014.

Enfin, dernier signal positif pour la COP21 : le mouvement de la Finance qui s’amorce. Prudente désormais dans les investissements très carbonés, elle entame même un  désengagement de tels investissements. Ainsi, le plus grand fond souverain du Monde, le fond Norvégien, considéré comme le chef de fil de l’investissement responsable, s’est séparé de 53 entreprises actives dans le secteur du charbon. Depuis quelques mois, un mouvement né aux Etats-Unis et baptisé Fossil Free pousse les investisseurs à se désengager de leurs investissements liés au charbon. En septembre, la Fondation Rockefeller, dont la famille du même nom a bâti la plus grande partie de sa fortune sur le pétrole, a décidé de retirer tous ses fonds investis dans les énergies fossiles pour s’orienter vers les énergies renouvelables. Les considérations ne sont pas qu'éthiques et environnementales mais aussi financières. Car il existe à terme un risque carbone. Nous disposons en effet de trois fois plus de réserves de combustibles fossiles que nous ne pourrons en utiliser si nous souhaitons limiter le réchauffement climatique. La journaliste Emma Howard dans le Guardian souligne qu’il y a là un risque de créer une « bulle carbone » basée sur des avoirs financiers qui pourraient s’avérer inutilisables compte tenu des engagements des Etats et de la position de la société civile. La Banque d’Angleterre mène en ce moment une étude pour savoir si la surévaluation de ces avoirs pourrait plonger le monde dans une nouvelle crise économique comparable à celle des « subprimes ».
Bien sûr, les ONG considèrent, à juste titre, que ce mouvement est encore très limité. Bien sûr, les annonces d’engagement des Etats de réduction de gaz à effet de serre ne sont pas à la hauteur des enjeux. Bien sûr, le Sénat américain est aujourd’hui majoritairement Républicain et pour le moins réservé sur les engagements en faveur du Climat. Bien sûr, l’aide pour l’adaptation des pays en développement de la planète est encore très largement insuffisante et cela risque d’entamer leur engagement. Mais la COP21 devrait pouvoir donner un signal fort à l’ensemble des 195 pays qui seront présents à Paris. Ce sera un pas, un premier pas dont il ne faudra pas se satisfaire. Il devra en entraîner d’autres plus forts encore.

lundi 2 février 2015



2014 bat tous les records de chaleur


Evolution de la température moyenne (1850-2014) , source : OMM
L’année 2014 est la plus chaude à ce jour  jamais enregistrée. C’est ce que vient de confirmer l’organisation mondiale de la météorologie (OMM).   La  température moyenne de notre planète a ainsi dépassé de 0,57°C   la moyenne calculée pour la période de référence 1961-1990 où elle était de 14 °C. Ce record est proche de ceux enregistrés en 2010 et 2005, années pour lesquelles le thermomètre planétaire avait dépassé respectivement de 0,55°C et 0,54°C cette moyenne. Un très léger écart à la limite de la précision des mesures. 

L’Organisation mondiale note surtout que cette température s’inscrit dans une tendance qui ne se dément pas depuis ces quinze dernières années. « Notre siècle compte 14 des 15 années les plus  chaudes. Nous tablons sur une poursuite du réchauffement mondial, a précisé le secrétaire général de l’OMM Michel Jarraud. La tendance globale au réchauffement est plus importante que le classement de telle ou telle année ». « En 2014, les vagues de chaleur record associées à des pluies torrentielles et des inondations dans plusieurs pays ainsi que des sécheresses dans d’autres sont conformes aux prévisions (des climatologues) » a-t-il ajouté.  

Ce record de 2014 est atteint alors que El Nino a été très faible. Ce phénomène qui survient dans le Pacifique est parfois si puissant qu’il peut réchauffer fortement la température planétaire. C’est d’ailleurs ce qui s’était passé en 1998, seule année la plus chaude dans la série restreinte des dix années record enregistrées à ce jour. Cela renforce l’interprétation de cette température exceptionnelle de 2014 comme étant un des impacts durables du changement climatique lié à l’activité humaine.

Mais El Nino n’a sans doute pas dit son dernier mot : Le centre de prédiction climatique (CPC) du service météorologique et océanographique des Etats-Unis (NOAA) prévoit un véritable El Nino pour 2015, ce qui ferait bondir la température de l’année à venir.

L’OMM publie cette analyse dans la perspective des négociations annuelles sur le changement climatique, qui ont lieu à Genève du 9 au 14 février et qui aideront à la préparation de la conférence Paris Climat 2015.  

jeudi 8 janvier 2015

Liberté de la presse : pour Charlie et tous les journalistes qui meurent dans le monde pour avoir simplement fait leur travail avec courage.


mercredi 7 janvier 2015



Keystone XL : premier bras de fer entre le nouveau Congrès et le Président Obama


Manifestation devant le Capitole à Washington (fév. 2014), Crédit, 350.org, Licence Creative Commons
 C’est le premier bras de fer engagé entre le nouveau Congrès américain majoritairement républicain qui a fait sa rentrée parlementaire ce mardi et le Président démocrate Barack Obama.  Ce dernier a décidé de mettre son véto au projet de loi autorisant la construction de l’oléoduc continental Keystone XL. Un acte d'autant plus fort que Barack Obama n’a utilisé le véto que deux autres fois durant ses deux mandats. 

Le projet est très controversé en raison de ses forts impacts environnementaux. Lancé en 2008, l'oléoduc doit permettre d’acheminer sur 1900 km (dont 1400 km aux Etats-Unis) du pétrole issu des sables bitumineux  de l’Alberta au Canada vers les raffineries du Golfe du Mexique. Mais le tracé traverse les réserves naturelles de Sand Hills.  Les fuites qui risquent de survenir provoqueraient des dommages majeurs sur ces écosystèmes.  Contrairement au Président Barack Obama qui ne veut pas donner son feu vert au projet, le Congrès y voit une opportunité pour les Etats-Unis.  

 Les parlementaires républicains estiment que l’oléoduc permettrait de réduire la dépendance énergétique des Etats-Unis et créerait « des dizaines de milliers d’emploi  américains » comme l’a déclaré en mai 2014 le président républicain de la Chambre des représentants, John Boeher.  Deux arguments que réfutent les opposants au projet. Pour eux,  celui-ci ne réduirait pas la dépendance énergétique américaine car ce pétrole raffiné est majoritairement destiné au marché européen et latino-américain ; par ailleurs,  selon eux, l’exploitation de l’oléoduc ne devrait générer au plus qu’une cinquantaine d’emplois. 

Enfin,  les opposants mettent également en avant les impacts environnementaux majeurs que génèrent l’extraction des sables bitumineux et son caractère très énergivore.  Pour faire passer la loi en dépit du véto de la Maison Blanche, les républicains doivent réunir la majorité des deux-tiers des parlementaires, ce qui signifie convaincre plusieurs démocrates de voter contre leur camp. Et quand bien même, ce très improbable scénario se réalisait, il resterait à Barak Obama tout simplement la possibilité de ne pas mettre en application la loi.  

Ce combat  dont les républicains ont fait l’une de leurs priorités montre leur volonté d’engager un rapport de force musclé avec le Président.  Au lieu d’entamer les réformes de fond de longue haleine auxquelles ils aspirent, ils  préfèrent ainsi s’attaquer à des projets emblématiques  en vue de l’échéance présidentielle de 2016.  Cette bataille entre le Congrès et la Maison Blanche confirme, s’il en était besoin, le peu d’intérêt que les Républicains portent aux questions environnementales et laisse craindre le pire pour la Conférence climatique à Paris en 2015.