dimanche 9 novembre 2014


De nouvelles lois menacent des écosystèmes uniques au Brésil


Mine de Carajás, Pará, Brésil, Crédit Nora Ojala, licence Creative Commons
Le Congrès brésilien débat en ce moment de nouvelles propositions de lois sur les mines et les barrages qui constituent des menaces sérieuses pour des écosystèmes uniques au Brésil. C’est l’alerte donnée cette semaine par un groupe de chercheurs brésiliens et britanniques dans la revue Science.

L’une des propositions concerne la possibilité d’exploiter des mines sur des espaces naturels parmi les plus protégés comme des parcs naturels ou des réserves biologiques. Quelques 34 000 km2 pourraient ainsi être touchés, l’équivalent de la superficie de la Suisse.  La loi pourrait également autoriser l’ouverture de mines sur les réserves indiennes. C’est cette fois 28% de leurs territoires qui sont concernés, l’équivalent en superficie du Royaume-Uni.

En outre, les chercheurs pointent le danger des atteintes à ces milieux naturels par la construction de grands barrages. Plusieurs réseaux hydrologiques associés à ces aires protégées seraient ainsi touchés. Sans remettre en question la légitimité du Brésil à exploiter ces abondantes ressources naturelles, les scientifiques en appellent à le faire avec toutes les précautions nécessaires vis-à -vis de l’environnement. « Au lieu d’exploiter les aires protégées pour un gain à court terme, le Brésil devrait les conserver précieusement pour les bénéfices qu’elles fourniront à la société sur le long terme conseille l’un des auteurs de l’étude, Jos Barlow, chercheur à l’université de Lancaster. Les récents stress hydriques qu’a connu le Sud-est du Brésil soulignent l’importance de protéger la végétation native à travers tout le pays ».

La présidente Dilma Roussef qui vient d’être réélue fin octobre saura-t-elle donner un écho favorable à ces inquiétudes ? Le Brésil possède certes le réseau d’aires protégées le plus important au monde et "les efforts en matière de gouvernance environnementale sur les terres privées ont permis cette dernière décennie de réduire le taux de déforestation du bassin amazonien" affirment les chercheurs. 

Mais, l’actuelle Présidente n’a jamais  montré une fibre environnementale très développée.  Elle est connue pour être la chef de l'Etat brésilien  qui a le moins créé d’espaces protégés et de réserves indiennes depuis la fin de la dictature. Entre 1980 et 2007, 300 réserves indigènes ont été créées. Peu appréciée des écologistes, Dilma Roussef a en outre été très critiquée pour avoir accepté en 2011 lors de son premier mandat la construction du barrage de Bello Monte qui sera le troisième plus important barrage au monde. Par ailleurs, en 2012, sous la pression du puissant lobby agricole, elle avait permis une révision du code forestier brésilien après plus d’une décennie d’effort des députés pour en faire l’un des plus protecteurs pour l'environnement au Monde sur le papier au moins. « Cela envoie un signal négatif très fort qui conduira à plus de déforestation et à saper les mesures de contrôle contre la déforestation" avait alors déclaré Kenzo Juca Ferreira, du WWF au Brésil.

Enfin, Dilma Roussef sera d’autant plus tentée de répondre aux espoirs économiques sur le court terme suscités par le développement de l’industrie minière que l’économie du Brésil est devenue atone. Le pays qui a connu un âge d’or ces dernières années avec un taux de croissance de 7,5 % a vu en effet ce taux s’effondrer  à 0,7%. Et selon les prévisions de l’ OCDE, il pourrait cette année n’être que de 0,3%. La croissance ne devrait pas revenir rapidement puisque les économistes tablent au plus sur un taux de 1,7 % pour 2015. Or  le secteur minier est devenu particulièrement emblématique de la réussite du "Nouveau Brésil" avec notamment l’ascension de Vale (Companhia Vale do Rio Doce) devenue la deuxième entreprise minière planétaire. Les mines d’or et de pierres précieuses attirent également les convoitises en raison de leur grande valorisation sur les marchés internationaux et des nouvelles technologies qui permettent d’exploiter des gisements  à de grandes profondeurs. Le Brésil aspire ainsi à devenir l’un des six premiers producteurs d’or et de diamants du Monde.  Autant d’arguments qui laissent craindre le pire : un très large développement minier au détriment des indiens, des forêts et de la biodiversité.

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