mercredi 19 novembre 2014

Prix ROBERVAL 2014



De gauche à droite : Jean-Claude AMIARD représenté sur la photo par Emmanuel LECLERC Directeur département Livres - LAVOISIER (Lauréat Enseignement Supérieur), Yaël NAZÉ (Lauréat Grand Public), André BERNARD (Lauréat Télévision), Pierre LEFÉVRE (Lauréat Jeunesse) et Frédéric BOREL (Mention « Coup de coeur des Médias »)

4 Lauréats ROBERVAL et 1 Mention « Coup de coeur des Médias »

Les membres du Jury présidés par Alain STORCK, Président de l’Université de Technologie de
Compiègne ont proclamé les Lauréats Grand Public, Jeunesse, Enseignement Supérieur et
Télévision de la 27e édition du Prix ROBERVAL dans la soirée du samedi 15 novembre au Théâtre
Impérial de Compiègne peu après leur réunion de désignation des lauréats.

C’est dans une démarche de vulgarisation scientifique auprès du grand public et notamment des
jeunes, mais aussi dans une volonté de susciter des vocations dans les sciences que la catégorie
Jeunesse soutenue par le Conseil général de l’Oise a fait son entrée cette année. Elle est réservée
aux oeuvres (livres, sites Internet et CD-Rom) qui expliquent la technologie aux plus jeunes, de façonsimple et ludique.

La Mention « Coup de coeur des Médias » a été décernée par les journalistes/rédacteurs en chef deLes Echos, le Courrier Picard, Moustique (revue scientifique belge) et de l’émission Nouveau diffuséeen Suisse à Les grandes expériences scientifiques à Paris, du baromètre de Pascal au Cyclotrondu collège de France de Frédéric BOREL.


Le Prix ROBERVAL
Organisé par le service des Cultures Scientifique, Technique et Industrielle de l’UTC, dirigé par Élisabeth BRUNIER, le Prix ROBERVAL récompense chaque année, depuis 1986, des oeuvres en langue française traitant de technologie pouvant être des livres destinés au grand public, à la jeunesse ou à l'enseignement supérieur, mais aussi des DVD, des sites Internet ou des émissions de télévision.
La remise annuelle du Prix Roberval fournit l'occasion de donner un coup de projecteur sur les avancées les plus récentes d'une matière en constante évolution. Son nom est un hommage rendu à Gilles Personne de ROBERVAL, natif de l'Oise, génial inventeur de la balance qui porte son nom, un bel exemple de technologie au service de tous.

Les étapes du concours

Une fois les oeuvres candidates reçues, les Comités de Pré-Sélection Grand Public, Jeunesse, Enseignement
Supérieur et Télévision les évaluent selon des critères fixés par le Jury pour lui proposer une première liste. Ainsi, le Jury composé d’universitaires, d’industriels et d’acteurs de la diffusion scientifique, arrête, en juin la Sélection. Après une seconde analyse des oeuvres par le Jury aidé d’experts universitaires et professionnels, le Jury définit la liste des Finalistes en septembre.

La désignation des Lauréats se fait lors d’une ultime réunion se tenant le jour de la cérémonie de remise du Prix en novembre. Elle a eu lieu cette année le 15 novembre au Théâtre Impérial de Compiègne.



dimanche 9 novembre 2014


De nouvelles lois menacent des écosystèmes uniques au Brésil


Mine de Carajás, Pará, Brésil, Crédit Nora Ojala, licence Creative Commons
Le Congrès brésilien débat en ce moment de nouvelles propositions de lois sur les mines et les barrages qui constituent des menaces sérieuses pour des écosystèmes uniques au Brésil. C’est l’alerte donnée cette semaine par un groupe de chercheurs brésiliens et britanniques dans la revue Science.

L’une des propositions concerne la possibilité d’exploiter des mines sur des espaces naturels parmi les plus protégés comme des parcs naturels ou des réserves biologiques. Quelques 34 000 km2 pourraient ainsi être touchés, l’équivalent de la superficie de la Suisse.  La loi pourrait également autoriser l’ouverture de mines sur les réserves indiennes. C’est cette fois 28% de leurs territoires qui sont concernés, l’équivalent en superficie du Royaume-Uni.

En outre, les chercheurs pointent le danger des atteintes à ces milieux naturels par la construction de grands barrages. Plusieurs réseaux hydrologiques associés à ces aires protégées seraient ainsi touchés. Sans remettre en question la légitimité du Brésil à exploiter ces abondantes ressources naturelles, les scientifiques en appellent à le faire avec toutes les précautions nécessaires vis-à -vis de l’environnement. « Au lieu d’exploiter les aires protégées pour un gain à court terme, le Brésil devrait les conserver précieusement pour les bénéfices qu’elles fourniront à la société sur le long terme conseille l’un des auteurs de l’étude, Jos Barlow, chercheur à l’université de Lancaster. Les récents stress hydriques qu’a connu le Sud-est du Brésil soulignent l’importance de protéger la végétation native à travers tout le pays ».

La présidente Dilma Roussef qui vient d’être réélue fin octobre saura-t-elle donner un écho favorable à ces inquiétudes ? Le Brésil possède certes le réseau d’aires protégées le plus important au monde et "les efforts en matière de gouvernance environnementale sur les terres privées ont permis cette dernière décennie de réduire le taux de déforestation du bassin amazonien" affirment les chercheurs. 

Mais, l’actuelle Présidente n’a jamais  montré une fibre environnementale très développée.  Elle est connue pour être la chef de l'Etat brésilien  qui a le moins créé d’espaces protégés et de réserves indiennes depuis la fin de la dictature. Entre 1980 et 2007, 300 réserves indigènes ont été créées. Peu appréciée des écologistes, Dilma Roussef a en outre été très critiquée pour avoir accepté en 2011 lors de son premier mandat la construction du barrage de Bello Monte qui sera le troisième plus important barrage au monde. Par ailleurs, en 2012, sous la pression du puissant lobby agricole, elle avait permis une révision du code forestier brésilien après plus d’une décennie d’effort des députés pour en faire l’un des plus protecteurs pour l'environnement au Monde sur le papier au moins. « Cela envoie un signal négatif très fort qui conduira à plus de déforestation et à saper les mesures de contrôle contre la déforestation" avait alors déclaré Kenzo Juca Ferreira, du WWF au Brésil.

Enfin, Dilma Roussef sera d’autant plus tentée de répondre aux espoirs économiques sur le court terme suscités par le développement de l’industrie minière que l’économie du Brésil est devenue atone. Le pays qui a connu un âge d’or ces dernières années avec un taux de croissance de 7,5 % a vu en effet ce taux s’effondrer  à 0,7%. Et selon les prévisions de l’ OCDE, il pourrait cette année n’être que de 0,3%. La croissance ne devrait pas revenir rapidement puisque les économistes tablent au plus sur un taux de 1,7 % pour 2015. Or  le secteur minier est devenu particulièrement emblématique de la réussite du "Nouveau Brésil" avec notamment l’ascension de Vale (Companhia Vale do Rio Doce) devenue la deuxième entreprise minière planétaire. Les mines d’or et de pierres précieuses attirent également les convoitises en raison de leur grande valorisation sur les marchés internationaux et des nouvelles technologies qui permettent d’exploiter des gisements  à de grandes profondeurs. Le Brésil aspire ainsi à devenir l’un des six premiers producteurs d’or et de diamants du Monde.  Autant d’arguments qui laissent craindre le pire : un très large développement minier au détriment des indiens, des forêts et de la biodiversité.

lundi 3 novembre 2014

Et si l’avenir du climat se jouait ce mardi aux Etats-Unis ?

Crédit Mike Mozart, Licence Creative Commons
C’est demain mardi 4 novembre que se dérouleront les élections de mi-mandat du Congrès américain. Des élections qui pourraient bien entraver les négociations sur le climat. Car aux Etats-Unis, la question climatique est devenue éminemment politique et clivante. Soit vous êtes démocrate et vous êtes concerné par le réchauffement climatique. Soit vous êtes républicain et vous vous rangez obligatoirement du côté des climato-sceptiques.   

Le sénateur Marco Rubio qui aspire à devenir le candidat des républicains aux prochaines élections présidentielles américaines exprime régulièrement sa désapprobation concernant la responsabilité humaine dans le réchauffement climatique. Certains républicains nient même la réalité du changement climatique. Farouches défenseurs des industries du pétrole, du gaz et du charbon,  tous sont d’accord pour considérer qu’il ne faut pas de politique visant à réduire les émissions de gaz à  effet de serre.  «Je ne crois pas que l'activité humaine provoque ces changements climatiques spectaculaires, de la façon dont les scientifiques le décrivent», avait déclaré Marc Rubio en mars dernier dans un entretien à la chaîne ABC. «Et je ne pense pas que les lois qu'ils (les démocrates) proposent que nous adoptions auraient un quelconque impact, à part le fait qu'elles détruiraient notre économie». 

Barack Obama a lui montré son intérêt pour la lutte contre le changement climatique. Dans son deuxième discours d’investiture, il avait ainsi lié la question du changement climatique à l’intérêt national.  Et en juin 2013, il avait présenté un vaste plan de lutte contre le changement climatique. Parmi les mesures, Il a défendu un projet de réglementation qui s’attaquait à la toute puissance des industries des combustibles fossiles.  Il visait à réduire de 30 % les émissions de CO2 des centrales thermiques américaines... "La question est de savoir si nous aurons le courage d'agir avant qu'il ne soit trop tard et la manière dont nous répondrons aura un profond impact sur le monde que nous laisserons… à nos enfants et nos petits-enfants" avait-il alors déclaré.  

Enfin, lors du sommet climatique de New-York (voir post sur le sujet), le président américain avait appelé à un accord mondial ambitieux. Il avait précisé que les Etats-Unis feraient leur part. L’objectif américain est ainsi aujourd’hui de diminuer de 17% leurs émissions de CO2 par rapport au niveau de 2005, ce qui était l’engagement de Barak Obama en 2009. Le Président avait également précisé qu’il voulait de la flexibilité pour atteindre cet objectif. Force est de constater que Barack Obama a fait faire un pas important aux Etats-Unis même si certains  jugeront sa politique climatique peu ambitieuse. A sa décharge, le président américain agit contre un congrès qui bloque les lois sur le climat. 

Les élections de demain visent à renouveler les 345 sièges de la Chambre des représentants et 33 sièges au Sénat. Si la chambre restera à coup sûr républicaine, le Sénat, aujourd’hui démocrate, pourrait bien basculer et devenir majoritairement républicains.  Cette situation va considérablement compliquer les grands projets de Barack Obama dont celui concernant le climat. Il devra probablement cohabiter avec ses ennemis politiques. Pour son plan Climat, il entendait déjà en 2013 agir par décrets et directives pour contourner le Congrès. Mais le pourra-t-il sans se mettre à dos les démocrates eux-mêmes dont certains représentants font déjà tout ce qu’ils peuvent pour se démarquer de l’actuel président. Les membres du Congrès et bon nombre d'Américains pourraient lui reprocher de contourner ainsi la démocratie américaine et la représentativité de la Nation.  Les négociations pour la COP21 risquent donc de pâtir de cette nouvelle donne politique américaine.



Le GIEC alerte sur l’urgence d'agir

Crédit Axel Drainville, Licence Creative Commons
 Le GIEC (Groupe intergouvernemental d'experts sur l’évolution du climat) a présenté ce dimanche à Copenhague son cinquième  rapport de synthèse. Pas de révélations fracassantes mais une confirmation du fort impact des activités humaines sur le système climatique et sur notre planète plus généralement. Ce document rassemble le contenu de trois rapports publiés depuis septembre 2013 : le premier sur les bases scientifiques, le second sur les impacts du changement climatique et les vulnérabilités des différentes parties du monde et enfin le troisième sur les aspects économiques pour lutter contre le réchauffement climatique, c’est-à-dire limiter nos  émissions et nous adapter.

Mais le plus important sans doute est le résumé aux décideurs qui est fait de la synthèse. Un texte de quarante pages tout à la fois scientifique et politique : chaque mot a été pesé et son approbation a fait l’objet de longues discussions par les représentants des gouvernements. 

C’est donc ce document indiscutable par les Etats qui sera au cœur des prochaines négociations sur le climat. A commencer par le tout prochain rendez-vous du mois de décembre à Lima.  Cette étape est cruciale pour le succès de la vingt et unième Conférence des parties de la Convention climat COP21 qui se tiendra à Paris fin 2015.  Contrairement à ce qui s’est passé à la COP de Copenhague en 2009 qui fut un échec, le gouvernement français espère arriver à un accord avant la grande conférence ou du moins s’en approcher. Grossièrement, les Etats développés doivent s’engager vers la voie vertueuse d’une économie décarbonée avec des engagements de réduction d‘émissions de gaz à effet de serre contraignants. Et ils devront en outre accompagner les pays les plus pauvres pour qu'ils s’adaptent aux impacts du changement climatique, notamment grâce à des fonds qui peinent aujourd’hui à atteindre la masse critique. 

Le défi est ambitieux. Pour éviter de dépasser les 2°C de réchauffement de la planète jugé comme étant la limite à ne pas franchir pour que le changement climatique reste modéré, nous devons réussir à réduire de 40 % à 70 % nos émissions de gaz à effet de serre entre 2010 et 2050. Et au-delà de 2100, nous ne devrions plus du tout émettre de CO2 voire être capable d’inverser le processus et de globalement capter du CO2 de l’atmosphère. La tâche est immense. Comme le rappelle le résumé, les émissions de gaz à effet de serre liées aux activités humaines n’ont cessé de croître entre 1970 et 2010, avec une augmentation la plus forte dans la dernière décennie. Si nous ne parvenons pas à réaliser les efforts demandés par les scientifiques, la température mondiale moyenne pourrait croître alors plus encore avec des impacts plus forts . Si nous suivons la tendance actuelle, nous devrions atteindre une augmentation de la température mondiale de 4°C ou plus au-dessus de ce qu’elle était à la fin du 20ème siècle. "Associée à une augmentation de la demande en alimentation, (cela) poserait des grands risques pour la sécurité alimentaire mondiale » alerte le résumé aux décideurs.

Les effets du réchauffement climatique se font déjà sentir. Tous les signaux d’alerte sont au rouge. Chacune des trois dernières décennies ont été les  plus chaudes depuis 1850, date des premiers relevés de température. Et dans la série des records, la période de 1983 à 2012 a été les 30 ans les plus chauds depuis les derniers 1400 ans dans l’hémisphère Nord. La température moyenne de l’atmosphère terrestre a ainsi augmenté de 0,85°C depuis la fin du 19eme siècle. Elle n’est bien sûr qu’un indicateur parmi d’autres.  Le niveau de la mer s’est élevé de 19 centimètres entre 1901 et 2010. Les glaciers ont globalement poursuivi leur fonte sur tous les continents. 

L’engagement pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre demandera de réduire quelque peu une croissance mondiale déjà faible mais les conséquences financières de l’inaction seront plus fortes encore pour l’économie de la planète.  La bonne nouvelle est que nous pouvons encore changer le cours de l’histoire climatique de notre planète. La mauvaise nouvelle est que nous n’avons plus de temps. La COP21 à Paris ne doit pas échouer.