mardi 21 octobre 2014

Gardanne : Une centrale électrique au bois de 150 MW sème la discorde

 

Crédit marcovdz, licence Creative Commons
C’est cet automne que la centrale biomasse de Gardanne (Bouche-du-Rhône) devrait commencer ses premiers tests pour une exploitation prévue en 2015. Le projet est devenu très polémique tant il menace les forêts de la région et pourrait déséquilibrer toute la filière locale bois énergie. Tout commence par un arrêté du 29 février 2012 qui autorise EON Provence, la filiale de la société allemande EON, le troisième groupe mondial de la distribution d’énergie, à convertir une tranche de la centrale thermique au charbon en l’une des plus importantes centrales à biomasse d'Europe. 

 Le Groupe a remporté un appel d’offre lancé en 2010 sur les projets de cogénération, c’est-à-dire la production combinée de chaleur et d’électricité. Ces installations énergétiques sont intéressantes car cette double production leur confère un rendement énergétique (le rapport entre l’énergie consommée et l’énergie produite) important. Mais première entorse :  EON bénéficie d’une dérogation, car la région PACA est considérée fragile en ce qui concerne son alimentation en électricité. Le projet de centrale de cogénération devient ainsi un projet de centrale purement électrique qui fait chuter le rendement de l’installation de plus de moitié par rapport à une centrale à cogénération. Mais cette anomalie n’est finalement rien au regard de la question de l’approvisionnement en bois. Car la centrale a besoin d'une quantité gigantesque de bois pour fonctionner, prés d'un million de tonnes chaque année. 

Où trouver une telle quantité de bois ? Pas en région PACA dont les capacités de production sont estimées à quelques 700 000 tonnes.  En principe, l’appel d’offre prévoit que la distance maximale d'approvisionnement n’excède pas 450 km. Et l’opérateur a tout intérêt à le respecter puisqu’il pourra prétendre ainsi à une aide importante de l’Etat destinée à financer en partie les 220 millions d’investissements nécessaire pour la centrale. Mais, afin de lui laisser le temps d’organiser la filière bois, EON bénéficie d'une souplesse supplémentaire. La centrale pourra ainsi jusqu’en 2025 s’approvisionner pour moitié plus loin. C'est à dire pour EON à l'étranger :  au Canada et en  Biélorussie.  Une aberration écologique !  L'autre moitié de la ressource bois proviendra elle des régions PACA, Rhône-Alpes et Languedoc Roussillon. Un partenariat a notamment été signé avec le Parc national des Cévennes pour assurer la disponibilité de la ressource. Mais au vu de la quantité nécessaire, des élus s’inquiètent de l’impact environnemental sur une zone d’approvisionnement qui comporte notamment 4 zones classées Natura 2000. 

Dans les Alpes de Haute-Provence, les élus du territoire de la réserve biosphère Lubéron-Lure s’inquiètent également. Non seulement pour l’impact environnemental mais aussi pour l’alimentation des petites chaufferies au bois qu’ils ont aidé à mettre en place. Avec ces besoins colossaux, la centrale de Gardanne va déstabiliser le marché et la filière bois locale. D’autant que le bois n’a pas pour seule vocation d'être brûlé, mais aussi à être utilisé comme matériau de construction, même si la filière à des difficultés à se construire.  La forêt constitue ainsi pour ces territoires non seulement un patrimoine naturel, mais également,  une ressource durable pour l’économie locale à condition qu’elle soit gérée correctement. Le préfet de PACA, lui, qui a signé l’autorisation d’exploitation de la centrale, se veut rassurant et assure dans les pages du Monde du 24 mars dernier que « la forêt largement sous-exploitée » sera en mesure de satisfaire tous les besoins. Le maire de Gardanne, lui, est également ravi de l'opération qu'il défend au nom de l'emploi local.

Comment un projet aussi controversé comme la centrale de Gardanne a-t-il pu émerger et bénéficier du soutien de l'argent publique ? Sans doute par une faiblesse dans la gouvernance dans l'attribution de ces appels d'offre qui concernent des régions entières. Manque de débat, de concertation et de vision large sur l'ensemble des implications d'un projet aussi important par sa taille et les financements qu'il mobilise. C'est aujourd'hui trois régions qui pourraient en souffrir. D'autant que les centrales biomasse de Pierrelatte dans la Drôme et d'Inova à Brignoles dans le Var vont accroître encore la pression sur la ressource forestière. C'est dommage pour la filière bois énergie qui peut constituer au niveau local une réponse intéressante à la nécessaire transition énergétique.

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