dimanche 21 septembre 2014

Sommet Climat de New-York : priorité à la finance et aux acteurs privés



Dans deux jours, le 23 septembre s’ouvrira à New-York le sommet Climat organisé par le Secrétaire général des Nations-Unis, Ban Ki Moon. Un évènement où vont se retrouver  plus de 120 chefs d’Etats (dont Barak Obama et François Hollande) et de gouvernements. Il devrait permettre de préparer la grande conférence (COP 21) qui se tiendra à Paris en décembre 2015. L’objectif avoué est d’éviter que ne se renouvelle l’échec du précédent grand sommet climatique à Copenhague en 2009. L'intention est louable. Pour Ban Ki-moon, «il est urgent d'agir : plus nous attendons, plus nous le paierons en vies humaines et en argent perdu».

Mais pour l’heure, les Etats ne semblent pas prompts à prendre des engagements chiffrés et contraignants de réduction de gaz à effet de serre, ni à mettre sur la table des budgets significatifs pour lutter contre le changement climatique et permettre aux pays de s’adapter au changement en cours et à venir. Les caisses du  Fond vert Climat sont pour le moment quasi vides avec seulement 55 millions de dollars. Ce fond destiné à soutenir la lutte contre le changement climatique et lancé par l'ONU en 2009 doit en principe atteindre 100 milliards en 2020. L'objectif est encore très loin !

Les 400 jours qu’ils restent avant Paris 2015 suffiront-ils pour convaincre les Etats de parvenir à un accord ? Avant cette date,  un autre rendez-vous   est prévu pour les négociateurs dans un peu plus de deux mois avec une conférence intermédiaire à Lima (la COP 20). On veut croire Bill McKibben l'une des figures les plus écoutées du mouvement environnementaliste américain dont la journaliste Laurence Caramel rapporte les propos dans Le Monde du 20 septembre : "Un accord est encore possible s'il y a un mouvement assez fort à travers le monde pour qu'à Paris, les gouvernements aient peur de revenir  chez eux les mains vides."

Pour l’heure, les actions prévues ne semblent pas à la hauteur des enjeux  climatiques. Le sommet de New-York devrait donner toute sa place à la finance carbone, aux mécanismes de marché, aux partenariats publics-privés et aux initiatives volontaires. Plus de 250 chefs d'entreprises dont Lafarge, Veolia et EDF seront présents au Sommet. Elles seront directement concernées pour tenir les engagements pris de réduction de gaz à effet de serre. En outre, les marchés qui s'ouvriront pour faire face à ces engagements pourraient se révéler très intéressants comme ce fut le cas en France pour le secteur de l'éolien.

Ce déséquilibre entre les acteurs privés, l'importance donnée à la finance et le faible engagement des Etats suscite l'inquiétude de la société civile. Ainsi, dans un communiqué, l’association française CCFD-terre solidaire pointe du doigt le risque que les propositions faites ne répondent pas « aux enjeux  de justice climatique, de transition, écologique et sociale et de solidarité nationale et internationale ». L’association donne pour exemple le lancement qui sera fait par Ban Ki Moon à New-York de l’Alliance globale pour une Agriculture intelligent face au climat. Sur le papier, le projet semble vertueux. « L’agriculture intelligente » vise à réduire l’impact de l’agriculture sur le climat, à améliorer la sécurité alimentaire et à contribuer au développement du pays. Mais on le sait, le diable se cache dans les détails. Pour le moment, le concept demande à être clarifié pour que chacun puisse juger de son intérêt (voir l’analyse faire par la Coordination Sud). Il ne met par exemple aucunement l’accent sur le soutien à l’agriculture familiale qui pourrait permettre de répondre aux enjeux de sécurité alimentaire, d’équité sociale et de durabilité environnementale et à l’agroécologie qui vise notamment à réduire les impacts environnementaux de l’agriculture.

La société civile se mobilise pour faire entendre sa voix et faire des propositions à New-York. Déjà ce week-end avait lieu dans les plus grandes villes du monde (New-York, Paris, Berlin, Bogota …) des marches pour le climat qui ont réuni des centaines de milliers de manifestants. Quelques 160 lauréats de prix environnementaux ont en outre publié un appel « aux fondations et aux philanthropes du monde entier » pour qu'ils mobilisent « leur fond financier de façon urgente » pour lutter contre le changement climatique. Espérons qu’ils soient entendus.

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