lundi 29 septembre 2014

Qualité de l’air intérieur des crèches et des écoles maternelles : un rendez-vous manqué




La mauvaise qualité de l'air intérieur entraîne allergies et maladies respiratoires
Crédit : David Gaborit, Licence Creative Commons

S’en est fini pour le moment de l’obligation des structures qui accueillent des enfants de moins de 6 ans (crèches, écoles maternelles) de surveiller les polluants de l’air. C’était le gouvernement de François Fillon qui avait instauré cette obligation à travers deux décrets parus fin 2011 et début 2012. La Ministre de l’Energie et de  l’Ecologie, Mme Ségolène Royal,  vient de décider de repousser cette mesure qui devait être mise en application le 1er janvier 2015. Cette obligation avait suscité l’inquiétude de nombreux maires. La Ministre indique dans son communiqué de presse qu’elle « les a entendus et met en place une décision simple et pragmatique qui concilie qualité de l’air et simplicité des actions. »  Exit donc l’obligation remplacée par un guide de bonnes pratiques, un simple poster en fait qui donne quelques conseils simples. 

 La mesure concernait quelques 9 000 crèches et 17 000 écoles maternelles. Elle exigeait la surveillance de trois substances indicatrices de la qualité intérieure de l’air et de son confinement : le formaldéhyde (émis par certains matériaux de construction, les colles et le mobilier... et irritant pour les voies respiratoires), le benzène (cancérigène et produit de la combustion – dans une école des voitures des axes routiers proches et des parkings ) et le dioxyde de carbone (sans effet sur la santé aux taux habituels, mais représentatif du niveau de confinement des locaux). Les moyens d’aération devaient être également évalués par un organisme agréé, les systèmes de ventilation bien sûr mais également les ouvrants, les portes et les fenêtres. En clair : il s'agissait de vérifier la présence des fenêtres et leur facilité d’ouverture. 

La grogne des collectivités locales avait été suscitée par le cumul de la mesure avec la mise en place de la réforme des rythmes scolaires, par le coût des évaluations estimées entre 2 000  et 3 000 euros et par un manque d’information. "Cette règlementation est intéressante (...) mais ni l'Education nationale, ni les collectivités territoriales n'ont été informées, ni saisies de la chose", a ainsi déclaré la présidente de l'Observatoire de la qualité de l'air intérieur, Andrée Buchmann, lors d'une conférence de presse à Paris. Etait également visée par la protestation des maires l’obligation - jugée absurde - de vérifier les ouvrants par un organisme agréé Cofrac, comité chargé de délivrer les accréditations des organismes chargés d’évaluation. Cette mesure a pourtant été assouplie par un décret signé par le Conseil d’Etat mais pas encore publié.

Dans le Figaro du 26 septembre dernier, le Professeur Brigitte Fauroux, pneumologue à l'hôpital Necker, juge cet abandon «dommage. Il faut tout faire pour prévenir l'appareil respiratoire des enfants". Jusqu’à 2 ans, le nombre d’alvéoles des poumons passe de 50 à 300 millions et chacune d’elles s’agrandit ensuite. Ce sont donc des âges particulièrement sensibles durant lesquels la qualité de l’air intérieur est primordiale (voir le bulletin de l'Observatoire sur les campagnes de mesures dans les écoles ).  Surtout que la moitié des enfants de cet âge passent en moyenne 20 % de leur temps dans ces structures. La mauvaise qualité de l’air intérieur entraîne des allergies et est responsable d’ «une augmentation de la fréquence des maladies respiratoires », comme le rappelle dans la même édition du journal, le Dr Suzanne Déoux, médecin ORL et spécialiste de la santé dans le bâtiment. Dommage que ce rendez-vous avec la santé des enfants soit raté. Espérons qu’il ne soit que reporté et non pas abandonné, mais les prochaines échéances électorales ne seront peut-être pas propices à ressortir l’application d'un tel décret avant longtemps. En attendant, le bon sens doit de toute façon s'imposer à tout le personnel des crèches et des écoles maternelles en diminuant les sources de pollution et en renouvelant l'air aussi souvent que le nombre d'enfants et d'adultes l'exige.

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