mardi 30 septembre 2014

La fonte des glaces de l’Arctique n’arrêtera pas le Gulf Stream


Le Gulf Stream et la dérive Nord Atlantique qui le prolonge
Crédit Andrew Ryshkov et NOOA, licence Creative Commons
Depuis 1950, les mers nordiques de Norvège, du Labrador et du Groenland sont de moins en moins salées. Longtemps, les chercheurs ont suspecté la fonte des glaces de l’Arctique d’en être la cause en apportant des eaux douces. Une étude  réalisée par des chercheurs du Centre Bjerknes de recherche pour le Climat (Bergen, Norvège)  et publiée dans le numéro du 28 septembre de Nature Geoscience vient de montrer qu’il n’en est rien. 

Les scientifiques  ont analysé les données disponibles depuis 1950 et ont conclu que ce changement des mers nordiques est lié à un apport moindre en sel des eaux charriées par la dérive Nord Atlantique. 

Ce courant qui prolonge le Gulf Stream en Atlantique Nord participe d’une grande boucle mondiale des eaux océaniques.  Un grand tapis roulant qui apporte les eaux chaudes des tropiques vers l’Atlantique Nord. Là devenues froides et très salées, elles s’alourdissent  et plongent dans les grandes profondeurs océaniques pour remonter en surface grossièrement dans l’Océan Indien et l’Océan Pacifique. Elles  poursuivent ensuite leur voyage le long de côtes Africaines puis du Sud-est des Etats-Unis pour rejoindre au final l’Atlantique Nord, bouclant ainsi leur tour du Monde. Cette grande circulation, appelée aussi circulation méridienne, est fondamentale pour le climat de la Terre car elle permet des échanges de chaleur entre les eaux tropicales et celles des hautes latitudes. C'est grâce à elle également que du CO2 atmosphérique est piégé durablement dans les profondeurs océaniques.

Jusqu’à présent, la crainte des scientifiques était que la fonte des glaces de l’Arctique  n’apporte une quantité d’eau douce telle qu’elle puisse faire baisser la salinité des mers nordiques au point que  la plongée des eaux,  devenues trop légères, ne soit plus possible. La conséquence serait le ralentissement, voire l’arrêt de la grande circulation océanique que le cinéma américain a mis en scène dans un film catastrophe « Le jour d’après ».

Les chercheurs norvégiens ont confirmé les conclusions de l’analyse des données d’observation  par des simulations numériques. Reste à savoir pourquoi la salinité des eaux du Gulf Stream varient. Ce n'était pas l'objet de cette étude, mais d'autres recherches ont montré que ce phénomène est principalement liée à l'augmentation des précipitations dans l'Atlantique Nord (sans doute en lien avec le changement climatique).

La conclusion principale des travaux du Centre Bjerknes  est donc que la circulation océanique mondiale est finalement assez insensible à l’apport d’eau douce en Arctique.  Ce n'est donc pas la fonte des glaces dans cette région de la planète qui pourra arrêter la circulation océanique mondiale.  L'étude des Norvégiens contribue en outre à améliorer la compréhension du Gulf Stream et de son rôle dans le climat.

2 commentaires:

  1. Hello !
    J'aimerais bien lire l'étude, mais je ne l'ai pas trouvée. En fait j'ai du mal à croire que la modification de salinité n'impacte pas du tout la circulation océanique.
    Cela voudrait dire que la plongée des eaux serait uniquement due à leur température (?) Et je ne comprend pas pourquoi la densité, qui est fonction de la température et de la salinité, n'interviendrait pas. Y a-t-il un effet de seuil ? Et alors, dans ce cas, quand intervient-il ? Bon, si tu peux me l'envoyer. Merci. Agnès

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    1. En fait, c'est vrai la modification de la salinité des eaux des mers nordiques influe bien sur toute la circulation océanique, mais l'étude montre seulement que la fonte des glaces de l'Arctique a finalement peu d'impact sur leur salinité alors que la question était posée et était importante en regard du plus grand réchauffement que connaissent les hautes latitudes. Ce qui prévaut dans la variation de salinité des eaux des mers nordiques, c'est finalement celle des eaux du Gulf Stream. Je n'ai pas fait de lien avec le papier scientifique. Le voici : http://www.nature.com/ngeo/journal/vaop/ncurrent/full/ngeo2259.html
      L'intégralité de l'article n'est malheureusement accessible qu'en payant

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