mercredi 17 décembre 2014

Baisse du prix du pétrole, une mauvaise nouvelle pour le climat


Crédit : Meriol Lehmann, licence Creative Commons
Lima vient de s’achever sans susciter aucun enthousiasme ni véritable espoir pour la COP 21 à Paris fin 2015. Tout reste encore à faire et la chute du prix du pétrole depuis cet été ne donne pas le meilleur signal qui soit pour entreprendre l’impérative transition énergétique. La baisse du prix est spectaculaire puisqu’il a dégringolé de prés de 30 % ces 4 derniers mois pour atteindre son plus bas niveau depuis 4 ans. C’est tout d’abord une offre abondante et une demande faible qui expliquent une telle diminution.  L’économie mondiale manque de dynamisme, avec en particulier une croissance quasi nulle pour la France et l’Europe ; Les pays émergents notamment la Chine connaissent eux-aussi un ralentissement ; et les perspectives économiques ne permettent pas d’espérer une reprise au moins en 2015 selon l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). 


Face à ce marché peu consommateur, l’offre est, elle, pléthorique. Première raison : le développement des pétroles de schiste aux Etats-Unis a été très intensif ces dernières années et devrait se poursuivre. L’an dernier, la production américaine s’est littéralement envolée avec une progression de 15 %.  Par ailleurs, l’organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et son véritable patron l’Arabie saoudite n’ont pas décidé de réagir à cette évolution du marché en réduisant la production comme cela s’est déjà fait dans le passé.  Elle reste donc très supérieure au marché.  Certains analystes jugent que le pari de l’Arabie saoudite est peut-être de laisser aller les prix pour casser les investissements dans les pétroles de schistes et les gisements en eaux profondes. Il faut en effet un baril à 90 dollars pour qu’une exploitation de pétrole non conventionnelle soit rentable.  Les gisements actuellement exploités continueront de l’être. En revanche, les compagnies auront beaucoup plus de difficulté à trouver de nouveaux investisseurs pour les futurs gisements.  


La baisse des prix du pétrole devrait donc être plutôt une bonne nouvelle pour l’environnement. La consommation de pétrole et donc les émissions de gaz à effet de serre baissent ainsi mécaniquement et l’exploitation des gisements de gaz de schistes et de pétrole off-shore qui ont des impacts environnementaux forts devraient être fortement freinés.  Pourquoi alors ne pas se réjouir ? Tout d’abord parce que nous sommes dans une économie fortement basée sur le carbone et que la diminution des émissions de gaz à effet de serre liée à la baisse de l’activité mondiale n’est pas à la hauteur des enjeux climatiques.  Et l’on ne saurait se réjouir d’un déclin de l’économie qui affecte en premier les populations les plus fragiles tant dans les pays du Nord que du Sud.  C’est 11 millions de chômeurs de plus dans les pays de l’OCDE pour les 7 dernières années.

Par ailleurs, cette instabilité du prix du pétrole peut retarder les investissements  pour une économie à bas carbone, notamment dans les énergies renouvelables ou l’efficacité énergétique. Cela ne compromet pas la rentabilité de ces investissements qui s’évalue sur le long terme mais peut influer sur les politiques gouvernementales et les stratégies des fonds d’investissement qui réagissent, eux,  à court terme. Cela n’en rend que plus nécessaires des engagements chiffrés des Etats l’année prochaine à Paris. Ce serait un signal politique très fort qui s’inscrirait sur le long terme et orienterait ainsi durablement les investissements.

Le prix du pétrole remontera à terme. C'est certain. Il suffit qu’à la prochaine réunion de l’OPEP, les pays membres qui souffrent d’un manque à gagner important parviennent à infléchir la position de l’Arabie Saoudite pour que les robinets pétroliers se ferment et fassent mécaniquement remonter le prix du baril.  Les Etats ne doivent donc pas avoir une vision court-termiste avec un prix du pétrole conjoncturellement bas.  La réduction de notre dépendance au pétrole est un travail de longue haleine. Les Etats doivent  sans tarder mettre en œuvre les réformes structurelles nécessaires pour passer à une économie bas carbone. La COP21 peut rendre cela possible et permettre de réussir la transition en relançant l’économie. C’est une stratégie gagnant-gagnant. Il reste encore un an pour lever les blocages de Lima et parvenir à un engagement des Etats permettant une baisse globale de 10 à 70 % d’ici 2050. Et cela quel que soit le prix du pétrole.  C’est très court mais la réussite de la COP21 n’est pas une option.

mercredi 19 novembre 2014

Prix ROBERVAL 2014



De gauche à droite : Jean-Claude AMIARD représenté sur la photo par Emmanuel LECLERC Directeur département Livres - LAVOISIER (Lauréat Enseignement Supérieur), Yaël NAZÉ (Lauréat Grand Public), André BERNARD (Lauréat Télévision), Pierre LEFÉVRE (Lauréat Jeunesse) et Frédéric BOREL (Mention « Coup de coeur des Médias »)

4 Lauréats ROBERVAL et 1 Mention « Coup de coeur des Médias »

Les membres du Jury présidés par Alain STORCK, Président de l’Université de Technologie de
Compiègne ont proclamé les Lauréats Grand Public, Jeunesse, Enseignement Supérieur et
Télévision de la 27e édition du Prix ROBERVAL dans la soirée du samedi 15 novembre au Théâtre
Impérial de Compiègne peu après leur réunion de désignation des lauréats.

C’est dans une démarche de vulgarisation scientifique auprès du grand public et notamment des
jeunes, mais aussi dans une volonté de susciter des vocations dans les sciences que la catégorie
Jeunesse soutenue par le Conseil général de l’Oise a fait son entrée cette année. Elle est réservée
aux oeuvres (livres, sites Internet et CD-Rom) qui expliquent la technologie aux plus jeunes, de façonsimple et ludique.

La Mention « Coup de coeur des Médias » a été décernée par les journalistes/rédacteurs en chef deLes Echos, le Courrier Picard, Moustique (revue scientifique belge) et de l’émission Nouveau diffuséeen Suisse à Les grandes expériences scientifiques à Paris, du baromètre de Pascal au Cyclotrondu collège de France de Frédéric BOREL.


Le Prix ROBERVAL
Organisé par le service des Cultures Scientifique, Technique et Industrielle de l’UTC, dirigé par Élisabeth BRUNIER, le Prix ROBERVAL récompense chaque année, depuis 1986, des oeuvres en langue française traitant de technologie pouvant être des livres destinés au grand public, à la jeunesse ou à l'enseignement supérieur, mais aussi des DVD, des sites Internet ou des émissions de télévision.
La remise annuelle du Prix Roberval fournit l'occasion de donner un coup de projecteur sur les avancées les plus récentes d'une matière en constante évolution. Son nom est un hommage rendu à Gilles Personne de ROBERVAL, natif de l'Oise, génial inventeur de la balance qui porte son nom, un bel exemple de technologie au service de tous.

Les étapes du concours

Une fois les oeuvres candidates reçues, les Comités de Pré-Sélection Grand Public, Jeunesse, Enseignement
Supérieur et Télévision les évaluent selon des critères fixés par le Jury pour lui proposer une première liste. Ainsi, le Jury composé d’universitaires, d’industriels et d’acteurs de la diffusion scientifique, arrête, en juin la Sélection. Après une seconde analyse des oeuvres par le Jury aidé d’experts universitaires et professionnels, le Jury définit la liste des Finalistes en septembre.

La désignation des Lauréats se fait lors d’une ultime réunion se tenant le jour de la cérémonie de remise du Prix en novembre. Elle a eu lieu cette année le 15 novembre au Théâtre Impérial de Compiègne.



dimanche 9 novembre 2014


De nouvelles lois menacent des écosystèmes uniques au Brésil


Mine de Carajás, Pará, Brésil, Crédit Nora Ojala, licence Creative Commons
Le Congrès brésilien débat en ce moment de nouvelles propositions de lois sur les mines et les barrages qui constituent des menaces sérieuses pour des écosystèmes uniques au Brésil. C’est l’alerte donnée cette semaine par un groupe de chercheurs brésiliens et britanniques dans la revue Science.

L’une des propositions concerne la possibilité d’exploiter des mines sur des espaces naturels parmi les plus protégés comme des parcs naturels ou des réserves biologiques. Quelques 34 000 km2 pourraient ainsi être touchés, l’équivalent de la superficie de la Suisse.  La loi pourrait également autoriser l’ouverture de mines sur les réserves indiennes. C’est cette fois 28% de leurs territoires qui sont concernés, l’équivalent en superficie du Royaume-Uni.

En outre, les chercheurs pointent le danger des atteintes à ces milieux naturels par la construction de grands barrages. Plusieurs réseaux hydrologiques associés à ces aires protégées seraient ainsi touchés. Sans remettre en question la légitimité du Brésil à exploiter ces abondantes ressources naturelles, les scientifiques en appellent à le faire avec toutes les précautions nécessaires vis-à -vis de l’environnement. « Au lieu d’exploiter les aires protégées pour un gain à court terme, le Brésil devrait les conserver précieusement pour les bénéfices qu’elles fourniront à la société sur le long terme conseille l’un des auteurs de l’étude, Jos Barlow, chercheur à l’université de Lancaster. Les récents stress hydriques qu’a connu le Sud-est du Brésil soulignent l’importance de protéger la végétation native à travers tout le pays ».

La présidente Dilma Roussef qui vient d’être réélue fin octobre saura-t-elle donner un écho favorable à ces inquiétudes ? Le Brésil possède certes le réseau d’aires protégées le plus important au monde et "les efforts en matière de gouvernance environnementale sur les terres privées ont permis cette dernière décennie de réduire le taux de déforestation du bassin amazonien" affirment les chercheurs. 

Mais, l’actuelle Présidente n’a jamais  montré une fibre environnementale très développée.  Elle est connue pour être la chef de l'Etat brésilien  qui a le moins créé d’espaces protégés et de réserves indiennes depuis la fin de la dictature. Entre 1980 et 2007, 300 réserves indigènes ont été créées. Peu appréciée des écologistes, Dilma Roussef a en outre été très critiquée pour avoir accepté en 2011 lors de son premier mandat la construction du barrage de Bello Monte qui sera le troisième plus important barrage au monde. Par ailleurs, en 2012, sous la pression du puissant lobby agricole, elle avait permis une révision du code forestier brésilien après plus d’une décennie d’effort des députés pour en faire l’un des plus protecteurs pour l'environnement au Monde sur le papier au moins. « Cela envoie un signal négatif très fort qui conduira à plus de déforestation et à saper les mesures de contrôle contre la déforestation" avait alors déclaré Kenzo Juca Ferreira, du WWF au Brésil.

Enfin, Dilma Roussef sera d’autant plus tentée de répondre aux espoirs économiques sur le court terme suscités par le développement de l’industrie minière que l’économie du Brésil est devenue atone. Le pays qui a connu un âge d’or ces dernières années avec un taux de croissance de 7,5 % a vu en effet ce taux s’effondrer  à 0,7%. Et selon les prévisions de l’ OCDE, il pourrait cette année n’être que de 0,3%. La croissance ne devrait pas revenir rapidement puisque les économistes tablent au plus sur un taux de 1,7 % pour 2015. Or  le secteur minier est devenu particulièrement emblématique de la réussite du "Nouveau Brésil" avec notamment l’ascension de Vale (Companhia Vale do Rio Doce) devenue la deuxième entreprise minière planétaire. Les mines d’or et de pierres précieuses attirent également les convoitises en raison de leur grande valorisation sur les marchés internationaux et des nouvelles technologies qui permettent d’exploiter des gisements  à de grandes profondeurs. Le Brésil aspire ainsi à devenir l’un des six premiers producteurs d’or et de diamants du Monde.  Autant d’arguments qui laissent craindre le pire : un très large développement minier au détriment des indiens, des forêts et de la biodiversité.

lundi 3 novembre 2014

Et si l’avenir du climat se jouait ce mardi aux Etats-Unis ?

Crédit Mike Mozart, Licence Creative Commons
C’est demain mardi 4 novembre que se dérouleront les élections de mi-mandat du Congrès américain. Des élections qui pourraient bien entraver les négociations sur le climat. Car aux Etats-Unis, la question climatique est devenue éminemment politique et clivante. Soit vous êtes démocrate et vous êtes concerné par le réchauffement climatique. Soit vous êtes républicain et vous vous rangez obligatoirement du côté des climato-sceptiques.   

Le sénateur Marco Rubio qui aspire à devenir le candidat des républicains aux prochaines élections présidentielles américaines exprime régulièrement sa désapprobation concernant la responsabilité humaine dans le réchauffement climatique. Certains républicains nient même la réalité du changement climatique. Farouches défenseurs des industries du pétrole, du gaz et du charbon,  tous sont d’accord pour considérer qu’il ne faut pas de politique visant à réduire les émissions de gaz à  effet de serre.  «Je ne crois pas que l'activité humaine provoque ces changements climatiques spectaculaires, de la façon dont les scientifiques le décrivent», avait déclaré Marc Rubio en mars dernier dans un entretien à la chaîne ABC. «Et je ne pense pas que les lois qu'ils (les démocrates) proposent que nous adoptions auraient un quelconque impact, à part le fait qu'elles détruiraient notre économie». 

Barack Obama a lui montré son intérêt pour la lutte contre le changement climatique. Dans son deuxième discours d’investiture, il avait ainsi lié la question du changement climatique à l’intérêt national.  Et en juin 2013, il avait présenté un vaste plan de lutte contre le changement climatique. Parmi les mesures, Il a défendu un projet de réglementation qui s’attaquait à la toute puissance des industries des combustibles fossiles.  Il visait à réduire de 30 % les émissions de CO2 des centrales thermiques américaines... "La question est de savoir si nous aurons le courage d'agir avant qu'il ne soit trop tard et la manière dont nous répondrons aura un profond impact sur le monde que nous laisserons… à nos enfants et nos petits-enfants" avait-il alors déclaré.  

Enfin, lors du sommet climatique de New-York (voir post sur le sujet), le président américain avait appelé à un accord mondial ambitieux. Il avait précisé que les Etats-Unis feraient leur part. L’objectif américain est ainsi aujourd’hui de diminuer de 17% leurs émissions de CO2 par rapport au niveau de 2005, ce qui était l’engagement de Barak Obama en 2009. Le Président avait également précisé qu’il voulait de la flexibilité pour atteindre cet objectif. Force est de constater que Barack Obama a fait faire un pas important aux Etats-Unis même si certains  jugeront sa politique climatique peu ambitieuse. A sa décharge, le président américain agit contre un congrès qui bloque les lois sur le climat. 

Les élections de demain visent à renouveler les 345 sièges de la Chambre des représentants et 33 sièges au Sénat. Si la chambre restera à coup sûr républicaine, le Sénat, aujourd’hui démocrate, pourrait bien basculer et devenir majoritairement républicains.  Cette situation va considérablement compliquer les grands projets de Barack Obama dont celui concernant le climat. Il devra probablement cohabiter avec ses ennemis politiques. Pour son plan Climat, il entendait déjà en 2013 agir par décrets et directives pour contourner le Congrès. Mais le pourra-t-il sans se mettre à dos les démocrates eux-mêmes dont certains représentants font déjà tout ce qu’ils peuvent pour se démarquer de l’actuel président. Les membres du Congrès et bon nombre d'Américains pourraient lui reprocher de contourner ainsi la démocratie américaine et la représentativité de la Nation.  Les négociations pour la COP21 risquent donc de pâtir de cette nouvelle donne politique américaine.



Le GIEC alerte sur l’urgence d'agir

Crédit Axel Drainville, Licence Creative Commons
 Le GIEC (Groupe intergouvernemental d'experts sur l’évolution du climat) a présenté ce dimanche à Copenhague son cinquième  rapport de synthèse. Pas de révélations fracassantes mais une confirmation du fort impact des activités humaines sur le système climatique et sur notre planète plus généralement. Ce document rassemble le contenu de trois rapports publiés depuis septembre 2013 : le premier sur les bases scientifiques, le second sur les impacts du changement climatique et les vulnérabilités des différentes parties du monde et enfin le troisième sur les aspects économiques pour lutter contre le réchauffement climatique, c’est-à-dire limiter nos  émissions et nous adapter.

Mais le plus important sans doute est le résumé aux décideurs qui est fait de la synthèse. Un texte de quarante pages tout à la fois scientifique et politique : chaque mot a été pesé et son approbation a fait l’objet de longues discussions par les représentants des gouvernements. 

C’est donc ce document indiscutable par les Etats qui sera au cœur des prochaines négociations sur le climat. A commencer par le tout prochain rendez-vous du mois de décembre à Lima.  Cette étape est cruciale pour le succès de la vingt et unième Conférence des parties de la Convention climat COP21 qui se tiendra à Paris fin 2015.  Contrairement à ce qui s’est passé à la COP de Copenhague en 2009 qui fut un échec, le gouvernement français espère arriver à un accord avant la grande conférence ou du moins s’en approcher. Grossièrement, les Etats développés doivent s’engager vers la voie vertueuse d’une économie décarbonée avec des engagements de réduction d‘émissions de gaz à effet de serre contraignants. Et ils devront en outre accompagner les pays les plus pauvres pour qu'ils s’adaptent aux impacts du changement climatique, notamment grâce à des fonds qui peinent aujourd’hui à atteindre la masse critique. 

Le défi est ambitieux. Pour éviter de dépasser les 2°C de réchauffement de la planète jugé comme étant la limite à ne pas franchir pour que le changement climatique reste modéré, nous devons réussir à réduire de 40 % à 70 % nos émissions de gaz à effet de serre entre 2010 et 2050. Et au-delà de 2100, nous ne devrions plus du tout émettre de CO2 voire être capable d’inverser le processus et de globalement capter du CO2 de l’atmosphère. La tâche est immense. Comme le rappelle le résumé, les émissions de gaz à effet de serre liées aux activités humaines n’ont cessé de croître entre 1970 et 2010, avec une augmentation la plus forte dans la dernière décennie. Si nous ne parvenons pas à réaliser les efforts demandés par les scientifiques, la température mondiale moyenne pourrait croître alors plus encore avec des impacts plus forts . Si nous suivons la tendance actuelle, nous devrions atteindre une augmentation de la température mondiale de 4°C ou plus au-dessus de ce qu’elle était à la fin du 20ème siècle. "Associée à une augmentation de la demande en alimentation, (cela) poserait des grands risques pour la sécurité alimentaire mondiale » alerte le résumé aux décideurs.

Les effets du réchauffement climatique se font déjà sentir. Tous les signaux d’alerte sont au rouge. Chacune des trois dernières décennies ont été les  plus chaudes depuis 1850, date des premiers relevés de température. Et dans la série des records, la période de 1983 à 2012 a été les 30 ans les plus chauds depuis les derniers 1400 ans dans l’hémisphère Nord. La température moyenne de l’atmosphère terrestre a ainsi augmenté de 0,85°C depuis la fin du 19eme siècle. Elle n’est bien sûr qu’un indicateur parmi d’autres.  Le niveau de la mer s’est élevé de 19 centimètres entre 1901 et 2010. Les glaciers ont globalement poursuivi leur fonte sur tous les continents. 

L’engagement pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre demandera de réduire quelque peu une croissance mondiale déjà faible mais les conséquences financières de l’inaction seront plus fortes encore pour l’économie de la planète.  La bonne nouvelle est que nous pouvons encore changer le cours de l’histoire climatique de notre planète. La mauvaise nouvelle est que nous n’avons plus de temps. La COP21 à Paris ne doit pas échouer.

lundi 27 octobre 2014

Barrage de Sivens : Le partage de l'eau au coeur du débat



Ce samedi, le projet de barrage de Sivens, (Tarn) a réuni deux milles opposants, riverains et écologistes. Ce futur barrage que défend le Conseil général du Tarn devrait avoir une capacité de 1,5 millions de m3. Ce projet est destiné à réguler le Tescou qui connaît régulièrement des situations de sécheresses durant l’été. Il s’agit ainsi pour l’essentiel de permettre l’irrigation durant ces périodes principalement  des champs de maïs. Depuis septembre les travaux de déboisement qui ont commencé sur une zone de 13 hectares ont provoqué des échauffourées parfois violentes avec les forces de l’ordre et la mort dramatique d'un opposant Remi Fraisse (pour laquelle l'enquête en cours devrait faire la lumière sur les responsabilités).

Le collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet qui  s’oppose au barrage, explique que le projet porterait atteinte à l’environnement. Le barrage devrait en effet être construit sur des espaces boisés classés et une zone naturelle d’intérêt écologique faunistique et floristique (ZNIEFF). Cette qualification permet d’identifier par des experts scientifiques des zones de conservation qui doivent en principe être prise en compte dans les projets d’aménagement comme un barrage. Par ailleurs, le barrage ennoierait une zone humide importante. La DREAL qui a donné un avis favorable au projet indiquait toutefois dans son avis du 9 juillet 2012, que « la réalisation du projet entraînera directement par ennoiement la destruction de 12,7 ha de zones humides et indirectement, du fait de la création du barrage, la perte de fonctionnalité de 5,4 ha ».

Plusieurs organismes officiels ont donné un avis défavorable au projet. C’est le cas notamment du Conseil scientifique régional du Patrimoine Naturel de Midi-Pyrénées. Composé de spécialistes reconnus pour leur compétence scientifique, il a considéré que l’analyse bénéfice-risque du projet était défavorable. Le Conseil national de la protection de la nature (CNPN) a également rendu deux fois un avis négatif compte tenu des manquements sur la protection des espèces. 

Enfin, le 27 octobre, un rapport d’experts commandé par le ministère de l’écologie critique fortement le projet. Surestimations des besoins pour l’irrigation, pas d’analyse de solutions alternatives, coût de l’eau stockée très élevée, faiblesse de l’étude d’impact… Pour autant, compte tenu de l’état d’avancement des travaux, le rapport ne préconise pas l’arrêt du projet mais la mise en place d’un comité de suivi multi-acteurs. 

La question posée par le barrage de Sivens ne concerne pas que le Tarn mais bien l’ensemble du Sud de la France  La ressource en eau est limitée et doit être partagée entre tous les acteurs du territoire et dans le respect de l’environnement. Il s’agit ainsi d’une question éminemment politique  à laquelle on apporte ici qu’une réponse technique en cherchant à augmenter la ressource dans les périodes de pénuries et pour 80 % pour l’agriculture. Mais la question d’une meilleure gestion de l’eau et des économies possibles à réaliser est rarement posée. C’est ainsi une vision "court-termisme" qui s’impose. Avec le changement climatique en cours, les périodes de sécheresse ont de forte chance de se multiplier. Or un ouvrage d’art comme la retenue de Sirvens, ou ailleurs des retenues collinaires, ont des couts qui doivent être rentabilisées sur plusieurs décennies. Il est à craindre que le changement climatique ne rattrape le calendrier financier et ne permette jamais de rentabiliser ces installations très capitalistiques. 

Ne faut-il pas aujourd’hui anticiper ces modifications et entamer la transition pour s’adapter à la nouvelle donne climatique au lieu de toujours aller vers l’avant avec une politique de l’offre ? Ne faut-il pas envisager de modifier progressivement les cultures du Sud de la France gourmandes en eau, en particulier le maïs ? Les tensions  relatives à la possession et à l’utilisation de l’eau vont s’accroître dans les prochaines années. Malgré des siècles d'efforts de maîtrise consacrés à la mise au point de techniques et à la réalisation d'aménagements visant à améliorer la disponibilité de l'eau, cette dernière demeure  en effet une limite fondamentale pour le développement des activités humaines. Il faut donc apprendre à la partager entre différents utilisateurs et entre différents usages. Les décisions ne peuvent se prendre que de façon concertée en accord avec l’ensemble des acteurs.   Des projets d'infrastructures comme le barrage de Sivens doivent s'inscrire dans une vision politique des territoires dans lesquels il s'inscrivent.

Des techniques existent pour améliorer l'efficacité des systèmes d'irrigation et accroître l'offre, mais de toute façon, sans un partage équitable et durable, l'eau viendra toujours à manquer. Comment partager cette eau ? Avec qui ? Selon quelles modalités ? Ce sont en réalité les seules questions qui vaillent aujourd'hui.


mardi 21 octobre 2014

Gardanne : Une centrale électrique au bois de 150 MW sème la discorde

 

Crédit marcovdz, licence Creative Commons
C’est cet automne que la centrale biomasse de Gardanne (Bouche-du-Rhône) devrait commencer ses premiers tests pour une exploitation prévue en 2015. Le projet est devenu très polémique tant il menace les forêts de la région et pourrait déséquilibrer toute la filière locale bois énergie. Tout commence par un arrêté du 29 février 2012 qui autorise EON Provence, la filiale de la société allemande EON, le troisième groupe mondial de la distribution d’énergie, à convertir une tranche de la centrale thermique au charbon en l’une des plus importantes centrales à biomasse d'Europe. 

 Le Groupe a remporté un appel d’offre lancé en 2010 sur les projets de cogénération, c’est-à-dire la production combinée de chaleur et d’électricité. Ces installations énergétiques sont intéressantes car cette double production leur confère un rendement énergétique (le rapport entre l’énergie consommée et l’énergie produite) important. Mais première entorse :  EON bénéficie d’une dérogation, car la région PACA est considérée fragile en ce qui concerne son alimentation en électricité. Le projet de centrale de cogénération devient ainsi un projet de centrale purement électrique qui fait chuter le rendement de l’installation de plus de moitié par rapport à une centrale à cogénération. Mais cette anomalie n’est finalement rien au regard de la question de l’approvisionnement en bois. Car la centrale a besoin d'une quantité gigantesque de bois pour fonctionner, prés d'un million de tonnes chaque année. 

Où trouver une telle quantité de bois ? Pas en région PACA dont les capacités de production sont estimées à quelques 700 000 tonnes.  En principe, l’appel d’offre prévoit que la distance maximale d'approvisionnement n’excède pas 450 km. Et l’opérateur a tout intérêt à le respecter puisqu’il pourra prétendre ainsi à une aide importante de l’Etat destinée à financer en partie les 220 millions d’investissements nécessaire pour la centrale. Mais, afin de lui laisser le temps d’organiser la filière bois, EON bénéficie d'une souplesse supplémentaire. La centrale pourra ainsi jusqu’en 2025 s’approvisionner pour moitié plus loin. C'est à dire pour EON à l'étranger :  au Canada et en  Biélorussie.  Une aberration écologique !  L'autre moitié de la ressource bois proviendra elle des régions PACA, Rhône-Alpes et Languedoc Roussillon. Un partenariat a notamment été signé avec le Parc national des Cévennes pour assurer la disponibilité de la ressource. Mais au vu de la quantité nécessaire, des élus s’inquiètent de l’impact environnemental sur une zone d’approvisionnement qui comporte notamment 4 zones classées Natura 2000. 

Dans les Alpes de Haute-Provence, les élus du territoire de la réserve biosphère Lubéron-Lure s’inquiètent également. Non seulement pour l’impact environnemental mais aussi pour l’alimentation des petites chaufferies au bois qu’ils ont aidé à mettre en place. Avec ces besoins colossaux, la centrale de Gardanne va déstabiliser le marché et la filière bois locale. D’autant que le bois n’a pas pour seule vocation d'être brûlé, mais aussi à être utilisé comme matériau de construction, même si la filière à des difficultés à se construire.  La forêt constitue ainsi pour ces territoires non seulement un patrimoine naturel, mais également,  une ressource durable pour l’économie locale à condition qu’elle soit gérée correctement. Le préfet de PACA, lui, qui a signé l’autorisation d’exploitation de la centrale, se veut rassurant et assure dans les pages du Monde du 24 mars dernier que « la forêt largement sous-exploitée » sera en mesure de satisfaire tous les besoins. Le maire de Gardanne, lui, est également ravi de l'opération qu'il défend au nom de l'emploi local.

Comment un projet aussi controversé comme la centrale de Gardanne a-t-il pu émerger et bénéficier du soutien de l'argent publique ? Sans doute par une faiblesse dans la gouvernance dans l'attribution de ces appels d'offre qui concernent des régions entières. Manque de débat, de concertation et de vision large sur l'ensemble des implications d'un projet aussi important par sa taille et les financements qu'il mobilise. C'est aujourd'hui trois régions qui pourraient en souffrir. D'autant que les centrales biomasse de Pierrelatte dans la Drôme et d'Inova à Brignoles dans le Var vont accroître encore la pression sur la ressource forestière. C'est dommage pour la filière bois énergie qui peut constituer au niveau local une réponse intéressante à la nécessaire transition énergétique.

mercredi 15 octobre 2014

Colombie : Les gardiens de semences 


http://www.rfi.fr/ Diffusion de mon reportage sur le projet colombien de réseau de semences sur RFI dans l'émission C'est pas du vent du samedi 18 octobre à écouter en podcast.


Recenser, valoriser et défendre les semences traditionnelles et les savoir-faire qui leur sont associées dans le cadre d’un programme participatif, c’est l’objectif du projet colombien Resemina mené par l’ONG Swissaid Colombia avec le soutien de la  Fondation Hermès.


Les paysans ont su au fil des siècles sélectionner les semences les plus adaptées aux maladies et aux climats locaux. Ils ont appris à maîtriser leur culture.  Si leur rendement n’est pas forcément le meilleur qui soit, les  semences assurent cependant une production régulière et garantissent le maintien d’une biodiversité agricole et de la sécurité alimentaire des populations - En 10 ans la Colombie est passée de l’autosuffisance alimentaire à l’importation nette d’aliment ; 75 %  du mais consommé vient  de l’étranger –


En Colombie, comme dans d’autres parties du monde, ces pratiques traditionnelles sont menacées par la standardisation de l’agriculture et l’arrivée de semences transgéniques qui pourraient « polluer » les semences traditionnelles. En outre, les cultures liées à la drogue fortement rémunératrices ont fait délaisser les cultures traditionnelles ; Enfin, le contexte réglementaire actuel dans le pays sur les semences traditionnelles qui  font l’objet d’un débat très vif, est très flou sur le statut de ces semences. Elles pourraient être interdites dans l’avenir. 


Il était donc urgent de mener un travail systématique à travers tout le pays.  Le projet se mène avec la participation active des organisations indigènes et paysannes. Plusieurs villages ont traditionnellement des gardiens des semences. Leur rôle est depuis longtemps d’inventorier et de conserver les semences de façon artisanale. Le projet va perpétuer cette « tradition » en construisant 15 Maisons des semences qui permettront une conservation dans de meilleures conditions, une caractérisation et un inventaire complet. Ce seront les gardiens traditionnels qui auront la charge de s’en occuper et de maintenir ainsi vivant le patrimoine génétique  local.

Ce travail est également politique car il donne beaucoup de force et de visibilité aux organisations paysannes locales et devrait permettre d’apporter des éléments déterminants dans le débat national sur la législation à venir sur le statut de ces semences traditionnelles.

mardi 30 septembre 2014

L'OCDE dénonce les politiques fiscales de ses Etats membres en faveur de l'automobile et du diesel 

 


Crédit epsos.de, licence Creative Commons
On savait que les automobiles étaient préjudiciables à la santé et à l’environnement. L'OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) confirme qu’elles sont aussi responsables de gaspillages de l’argent public. C'est la conclusion de deux études, l'une  sur les avantages fiscaux  en faveur des véhicules de société et l'autre sur la fiscalité en faveur du Diesel que vient de publier l’organisation internationale. Ainsi, la fiscalité allégée liée aux véhicules de société équivaut à une subvention moyenne de  1600 euros par véhicule et par an ! Avec des disparités il est vrai puisque cette subvention déguisée ne serait que de 57 euros au Canada mais de 2 763 euros en Belgique.  Le manque à gagner annuel est colossal : 28 milliards pour les 28 Pays étudiées (dont l’Afrique du Sud qui est en dehors de l’OCDE).  L’OCDE chiffre par ailleurs le coût social et environnemental de la voiture. Vertigineux ! Il s’élève chaque année à 116 milliards d’euros. La note est plutôt salée !

Mais ce n’est pas tout. L'OCDE montre aussi que les véhicules diesel sont particulièrement choyés en dépit de leurs impacts notamment sur la qualité de l’air et la santé. Ainsi, 33 des 34 pays de l’OCDE donnent l’avantage au gazole qui est taxé moins que l’essence. Une aberration ! Les études scientifiques se sont multipliées ces dernières années pour dénoncer la dangerosité de ce carburant pour la santé. Il est notamment responsable de l’émission de microparticules qui se fixent dans les poumons et provoquent des maladies respiratoires dont le cancer. 


En juin 2012, l’organisation mondiale de la santé (OMS) a ainsi classé comme cancérigène les gaz d’échappement des véhicules diesel. "Les preuves scientifiques sont irréfutables et les conclusions du groupe de travail ont été unanimes : les émanations des moteurs diesel causent des cancers du poumon, a alors déclaré le Dr Christopher Portier qui présidait le groupe de travail de l’OMS. En 2006, l’OMS a chiffré l’impact annuel sanitaire des microparticules : 350 000 morts prématurés en Europe et 42 000 en France.


Ce rapport de l’OCDE fait écho en France à celui de la Cour des comptes de mars 2013. L’institution avait alors critiqué le cadeau fiscal fait aux véhicules diesel qui s’élevait en 2011 à 7 milliards d’euros.


On ne saurait taxer l’organisation internationale d’être mue par une quelconque idéologie environnementaliste. Il n’empêche : elle demande dans son communiqué de presse « aux pouvoirs publics de cesser de subventionner les véhicules de société et de supprimer progressivement l’avantage fiscal en faveur du gazole ». M. Simon Upton, directeur à la Direction de l’environnement de l’OCDE en appelle aux Etats qui « devraient cesser d’offrir des incitations financières en faveur du recours à la voiture et au carburant à l’empreinte environnementale lourde ». Et l'OCDE de conclure : "cette mesure serait bénéfique à la fois aux finances publiques et à la qualité de l'air". Un pari gagnant gagnant en somme.